08/02/2020 – Témoignages – Bac Blanquer et E3C : « Non ce n’est pas une blague ! »

Voici le témoignage d'une prof d'un lycée de Gironde où se sont déroulées les E3C...

Chers tous,

Photo Nantes Révoltée

Comme je suis très fatiguée je ne vais pas tout expliquer mais je pense qu’il est important que vous sachiez ce qui nous est arrivé hier au lycée. Voici le message que j’ai envoyé aux collègues des autres lycées de Gironde.

Expérience assez traumatisante ce matin au lycée. Je n’ai pas l’énergie de vous faire un récit exhaustif et tant pis si je cède d’abord à l’émotion plutôt qu’au factuel.

Nos élèves ont été prévenus par sms lundi soir à 20H00 qu’ils passeraient l’intégralité des épreuves mercredi dans la journée (soit 6H d’épreuves à la suite). Nous n’étions au courant de rien. Dans la journée de mardi nous avons su par pronote que nous étions tous libérés de cours. Nous avons donc décidé de venir mercredi matin devant l’établissement car nous étions très inquiets pour nos élèves. Ils ne voulaient pas y aller, ils avaient peur, dans un état de stress épouvantable. Ils ont fini par entrer passer leurs épreuves encadrés par les gendarmes mobiles (une 40aine), en pleurant, humiliés de céder sous la menace et se sentant minables. Ils étaient fouillés, devaient présenter leur convocation et passait entre deux gendarmes mobiles armés (brigade d’intervention). Seule une douzaine sont restés courageusement dehors.

Nous étions là pour les soutenir mais nous étions interdits d’entrer dans l’établissement et refoulés par les gendarmes comme des terroristes. Nous avons crié, protesté, on a cherché à savoir qui nous interdisait de rentrer, pas de réponse mais les gendarmes nous ont dit qu’ils avaient des ordres. A l’intérieur, aucun prof, des élèves qui ont composé avec leur portable, en s’échangeant leur copie. D’autres qui finalement, ont refusé de rentrer et courraient dans les couloirs, d’autres ont voulu ressortir. Certains ont rendu copie blanche, d’autres ont écrit « Fuck aux E3C » en épreuve d’anglais, certains ont fait des crises de panique mais pas d’infirmière à l’intérieur … Tout cela nous arrivait par sms ou par les parents qui étaient présents (ce qui montre bien que les élèves avaient leur portable et s’en servaient !)

On a attendu jusqu’à midi, ils ressortaient au fur et à mesure, certains hilares de cette supercherie, d’autres en larme. Certains sont rentrés chez eux et ont dit qu’ils allaient faire un certificat maladie. Bref, le chaos, une Proviseure invisible qui a accepté de venir 5 minutes nous parler à la grille ! Elle a dit que nous étions aussi violents puisque nous avions refusé de siéger la veille au conseil pédagogique !

Ce matin pour protester contre la situation sidérante que nous avons vécue nous sommes descendus à 8h00 avec nos élèves pour former une chaîne humaine silencieuse et nous avons demandé que la proviseure reçoive des parents, des élèves et des profs. Nous avons improvisé une sorte de cellule « de crise » pour faire écrire et recevoir tous les témoignages des élèves. C’est encore pire que ce qu’on pensait, pour 500 gamins enfermés dans le lycée il y avait une trentaine d’adultes dont certains non identifiés et aucun professeur. Ceux qui voulaient sortir à midi pour manger ont été marqués au feutre pour pouvoir passer le cordon de gendarmes ! Des agents de l’équipes mobiles du rectorat qui refusaient de décliner leur identité circulaient dans les couloirs et menaçaient des élèves de 16 ans s’ils ne rentraient pas dans les salles. Je ne sais même pas quelle est leur mission. Dans une salle la personne chargée de les surveiller était la vendeuse de la boulangerie à côté du lycée (non ce n’est pas une blague !)

Lettre de détresse d'une lycéenne de 1ère
Source Cerveaux Non Disponibles :
https://www.facebook.com/cerveauxnondisponibles/posts/2692873670811501

Je suis en première générale au lycée Pape Clément. J’ai 16 ans, des parents aimants, des amis(es) fidèles et pourtant, que mon quotidien est violent !

Que de larmes versées pour une même cause : l’école ! J’ai toujours été une bonne élève, pas excellente mais sans difficultés. Mais cette année c’est différent, l’école ne m’aime pas ! On me parle de bienveillance, mais est-ce vraiment de la bienveillance en spécialité (physique chimie) de nous faire étudier un chapitre par semaine de peur de ne pas terminer le programme et de ne pas avoir le temps de faire assez d’exercices. Puis de faire un contrôle où nous sommes devant un mur car les connaissances n’ont pas été assez consolidées, de passer d’une moyenne de 14 en seconde à 7 en première ?

J’ai l’impression de passer ma vie à travailler mais ça ne suffit pas ! Est-ce vraiment de la bienveillance d’être dans l’ignorance des épreuves qui vont nous être proposées très prochainement ? Est-ce vraiment de la bienveillance d’avoir devant nous des profs qui ne connaissent pas totalement le contenu des épreuves, des profs qui ne sont donc pas toujours capables de répondre à nos questions, des profs stressés et fatigués ? Est-ce vraiment de la bienveillance de n’avoir jamais les mêmes camarades de classe ?

Photo Stop Bac Blanquer – Stop E3C

Nous avons 4 classes différentes avec très peu d’heures dans chacune d’elles. Il est donc difficile de lier des liens de confiance et de solidarité. Il n’y a aucune cohésion et aucune aide entre nous, chacun se retrouve seul face à ses difficultés. Il est aussi très difficile de retrouver ses amis pendant les pauses de midi puisque tous nos emplois du temps sont différents et notre temps de repas très court ne nous permet pas de nous attendre.

Ah mais oui, pardonnez moi ! Nous ne sommes pas là pour nous aimer, pour faire de nouvelles connaissances, nous sommes là pour travailler ! Malgré tout, il est très dur d’avancer seul sans soutien !

Nous sommes des pions dans un jeu où les règles ne sont pas claires.
Plus personne ne porte notre parole, puisqu’il n’y a pas de délégués dans les classes de spécialités. On remarque aussi qu’à cause du rythme plus que soutenu dans les spécialités scientifiques, une majorité d’élèves a des cours particuliers. Faut-il être riche pour réussir ?

J’ai toujours adoré les maths et j’ai toujours eu de bonnes notes et aujourd’hui, le ciel me tombe sur la tête ! Je me pensais bonne mais les notes cette année me montrent que je suis nulle. Je me sens terriblement mal à l’école car le rythme est trop soutenu. On nous met trop de pression, on ne sait pas ce qui nous attend et on a l’impression qu’on nous lâche sans avoir les cartes en mains pour réussir.

Les E3C nous font très peur car les profs déplorent la difficulté des épreuves que nous allons avoir, ne nous sentent pas prêts et ne trouvent pas bienveillant de nous conduire à l’échec.

Mes parents m’ont toujours dit de profiter car les années lycée seraient les plus belles de ma vie. Mais j’espère que ce sont les pires, sinon, si la vie est faite d’autant de violences, ça doit être vraiment triste d’être un adulte !
On m’a toujours appris que l’école était là pour m’aider à me construire mais je crois qu’elle est en train de me détruire.

Une élève de première en détresse scolaire

Et le point de vue d'un prof de philo sur le nouveau bac et les E3C :
Source : https://www.facebook.com/alexis.dayon.9/posts/3477248705681234

Parents d’élèves, sachez-le, le bac Blanquer et ses E3C, c’est donc :

– Des sujets disponibles corrigés sur internet avant que les élèves ne composent (un peu partout) ;

– Des élèves de Première qui se retrouvent séquestrés dans leur établissement sous cadenas à composer sous la contrainte (Bordeaux) ;

– Des élèves de Seconde et Terminale jugés susceptibles de perturber la tenue des épreuves de Première qui sont séquestrés, enfermés à clé en salle d’étude, où une élève fait une crise d’angoisse sans qu’aucun secours ne lui soit porté (Aiguillon) ;

– Une alarme incendie désactivée au mépris de toute sécurité et un élève blessé par un vigile envoyé par le rectorat (Romans-sur-Isère) ;

– Des élèves qui sont envoyés composer pendant que des camarades à eux, blessés par la police pour avoir essayé d’organiser un blocage à l’entrée de leur bahut, gisent sur le trottoir, en train d’être pris en charge par les secours (Rennes) ;

Photo Stop Bac Blanquer – Stop E3C

– Des épreuves se tenant sous la garde de policiers armés (Grenoble, Bordeaux) ;

– Des élèves qui se retrouvent à plancher sur des sujets sans rapport avec ce qu’ils ont travaillé en classe (un peu partout) ;

– Des surveillances assurées par des personnels retraités qui ne savent pas utiliser le matériel pour lancer les fichiers audio de compréhension orale ;

– Des élèves qui repassent une deuxième fois sur le même sujet en cas de report ;

– D’autres qui sont déclarés absents à l’épreuve et reçoivent un zéro pour ne pas avoir forcé un barrage à l’entrée de leur établissement (un peu partout) ;

– D’autres encore qui sont punis d’un zéro pour s’être joints à un mouvement lycéen de protestation (La Rochelle), qui passeront en conseil de discipline ou subissent un dépôt de plainte de la part d’une proviseure pour avoir appelé au boycott des épreuves (Lyon) ;

– Le ministère qui ment éhontément en annonçant la bonne tenue d’épreuves là où elles ne se sont pas tenues, tel cet établissement bloqué où seuls 20 élèves internes ont pu composer sur 389 élèves attendus (Le Mans) ;

– Quatre élèves placés en garde à vue pendant 48h puis déférés au Parquet pour avoir, en geste de protestation avec leurs camarades, mis feu à une poubelle devant leur établissement ; le procureur lui-même estime la procédure irrégulière, exige le remboursement de la poubelle mais l’abandon des poursuites (Paris) ;

Et j’en passe…

Bref, le nouveau bac Blanquer, c’est rupture d’égalité partout, légalité nulle part.

Et la contrainte par la force et la menace pour faire passer tout cela, parce que le ministre a décrété que cela se passerait – par tous les moyens ! – et parce que plus nulle part dans ce pays il n’y a de consentement à l’autorité des incapables qui nous gouvernent.

Pour suivre les mobilisations contre les E3C : 
https://www.facebook.com/stopbacblanquerstopE3C/
Un point sur la répression du mouvement sur Bastamag :
https://www.bastamag.net/lycees-blocages-bac-Blanquer-E3C-violences-policieres-epreuves

Photo Nassira Kouki

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