12/12/2020 – La lettre de démission d’un médecin hospitalier réanimateur…

« Une enquête de la Fédération hospitalière de France (FHF), menée auprès de 300 établissements à la fin septembre, et rendue publique le 10 novembre, recensait quelque 12 200 départs (démissions, retraites, fins de contrat) d’infirmiers et d’aides-soignants, soit une « légère hausse », évaluait-elle. Ces départs constituent néanmoins, à écouter les représentants syndicaux ou certains médecins, un phénomène qui se poursuit, voire s’aggrave. » Le Monde du 21/11/2020

Voici donc le témoignage de l’un de ces soignants qui décident de quitter le service public, dégoûtés par la gestion catastrophique qui les empêche de faire leur métier correctement et met en danger les usagers.

Source : Médecin hospitalier dégoûté : ma lettre de démission du service public sur Le blog de Vowl dans le Club Mediapart

Médecin réanimateur travaillant dans les hôpitaux publics depuis plus de quinze ans, mes idéaux se sont brisés en se heurtant à la gestion technocratique de ces établissements. L’incompétence et le manque d’honnêteté intellectuelle des décideurs sont devenus la règle, une règle que je refuse d’accepter.

Voici la lettre de démission que j’ai adressée le 2 décembre 2020 à la directrice générale de l’hôpital dans lequel je travaille.

« Madame la directrice générale, 

Depuis la fusion des administrations du (…) et du CHU de (…), il m’a été impossible d’entrer en contact avec les gens dont je subissais les décisions dans ma pratique quotidienne de la médecine. J’ai constaté des mensonges de la part des directeurs, à plusieurs reprises et aucun d’entre eux n’a jamais rendu de compte. J’ai constaté d’authentiques abus de pouvoir de la part de la direction, des abus de pouvoirs que j’ai signalés à la direction générale et jamais aucun n’a rendu de compte. J’ai subi de nombreux dénis de compétences, régulièrement sur les mêmes sujets, et, malgré des conventions orales, ces dénis de compétences ont récidivé sous une forme identique. 

J’ai subi de nombreuses décisions qui avaient un impact sur la qualité des soins, prises contre l’avis des soignants. Pour aucune d’entre elles, un membre de la direction n’a pris la peine de venir informer lui-même les patients d’une perte de chance impliquée par ces décisions, se délestant ainsi de la responsabilité morale sur les soignants qui, je le rappelle, étaient opposés à ces dernières. 

J’ai reçu un avertissement de la direction que j’ai contesté par écrit de manière argumentée et je n’ai jamais eu de réponse. Je me suis fortement impliqué dans un travail d’intérêt général au début de l’épidémie de coronavirus, en conformité avec une circulaire de la DGOS, dans le plus pur état d’esprit du service public, pour l’intérêt général, et j’en ai été sanctionné moralement par vos soins. 

A chaque fois, sans exception, j’ai émis des protestations orales et écrites sans jamais avoir un échange avec la personne décideuse lorsque j’étais seul concerné. A chaque fois, j’ai subi des techniques de management déloyales consistant essentiellement en des manoeuvres d’évitement de types divers et variés (utilisation de « fusibles hiérarchiques », feint de non-recevoir, pur et simple déni de compétence, mise en opposition avec un expert insuffisamment pertinent mais dont l’avis arrangeait la direction,…). 

Sachez que j’avais choisi de faire ce métier dans l’idée d’aider les gens avec mes compétences, dans le cadre du service public exclusivement. J’étais totalement convaincu de la voie que j’avais choisie. Sachez que travailler avec mes collègues médecins ou pharmaciens et avec les équipes paramédicales de (…), est quelque chose de vraiment agréable tant les interactions sont fluides et se font dans l’harmonie des compétences de chacun. Pourtant, vous, la direction, vous avez réussi à me dégoûter totalement du service public et de mon métier malgré tout cela. 

Ainsi, Je vous informe de ma décision de démissionner du service public. Je souhaite que cette démission soit effective à compter du 28 février 2021. « 

Tout cela à cause de la mainmise des technocrates sur nos sociétés dîtes « civilisées ». Quel gâchis.

Adieu l’hôpital public et adieu la médecine…

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