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L'histoire
"Il a un
théâtre
dans la tête (…) et c'est des pièces terribles que
ça
joue pas des tragédies à guirlandes (…) mais des
pièces
avec des hommes de viande"
Un veilleur de nuit,
une lanterne à la main se rend au Vatican pour aller dire au
Pape
ce qu'il a sur le cœur. Au cours de son voyage, on voit un
évêque
qui est saoul, un chien assis sur son cul, un catholique pratiquant, un
romain avec des pièces au fond du pantalon, Monsieur Claude
Führer
le grand pétopiomane, Mussolini, des femmes à barbes
imberbes,
le printemps un oiseau dans sa main, un chat au secours de l'oiseau
blessé.
L'oiseau
raconte
au veilleur de nuit son vol au dessus de l'Espagne en guerre contre le
fascisme. Le veilleur partira pour l'Espagne, au secours de la
révolution
en danger…
Point
de vue
La
Crosse en l'air
est un réquisitoire insolent contre la collusion de
l'Église
et de l'idéologie fasciste. C'est un plaidoyer pour la lutte des
travailleurs du monde entier et plus particulièrement pour les
révolutionnaires
espagnols qui combattent le coup d'État de Franco.
Ce
texte développe
de façon virtuose tous les sentiments qui domineront l'œuvre de
l'artiste au long de sa vie : la défense des opprimés,
l'anti-cléricalisme,
l'anti-militarisme, la liberté, la révolte, et l'espoir.
Comme
Prévert
aimait à le dire : "Il faudrait essayer d'être heureux, ne
serait-ce que pour donner l'exemple", la Crosse en l'air ravit de
bonheur
par l'humour, la tendresse et l'espoir qu'il dégage
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CRITIQUES
L'HUMANITE
FLUIDE
GLACIAL
POLITIS
Le Monde Diplo
FRANCE
INTER
Un
spectateur
Un
deuxième spectateur
Théâtrothèque
RETOUR

Fluide Glacial
Mars
2001
Par Cath de
couve
CAMARADE
PREVERT
Tous
les Parisiens
connaissent bien la compagnie Jolie môme, elle chante souvent
dans
les rues, avec un allant sympathique et leurs étoiles rouges aux
bérets. Qui a fait une manif' les a vus l'animer. Mais ils sont
aussi une vraie compagnie qui monte des spectacles.
A
contrario de tout
le théâtre contemporain désincarné, Jolie
môme
fait de la politique, ce qui ne les aide pas pour les subventions ni
les
articles de presse. En revanche, ils bourrent les salles et ça
aussi
c'est a contrario. Leur dernier spectacle, Camarade Prévert,
rappelle
en cette année de centenaire (2000) que le poète fut un
révolutionnaire
fervent et que le groupe Octobre, dont il écrivait les textes
parfois
très vite, fut une expérience magnifique d'agit-prop
intelligente.
Le
spectacle se
compose de deux textes, une adaptation farce de Cervantès ("Le
tableau
des merveilles") et le magnifique "Crosse en l'air", un
poème-sketch
décapant en ces temps d'adulation de tous les papes. Je suis
étonné
que les intégristes n'aient pas demandés la censure. Le
spectacle
tourne désormais après un début à
l'Epée
de Bois à Vincennes. La mise en scène est de Michel Roger
qu'on voit à l'accordéon, car tout est toujours
très
musical. Les costumes rouge-noir mettent en valeur d'excellents
comédiens
et des filles pêchues.
Dans
la salle, beaucoup
de gens venus du bouche-à-oreille, des prolos ne mettant pas les
pieds aux théâtre, des anciens émus parce que
ça
leur rappelle '36 ou '68, des jeunes étonnés de ressentir
ce manque dans leur génération d'un théâtre
populaire plus proche de Bové que du scolaire. Jolie Môme:
vous aurez envie de chanter avec eux, c'est pas tous les soirs que
ça
vous arrivera. Et retrouvez les sur leur dernier CD, Compagnie Jolie
Môme
( B.P. 22, 92235 - Gennevilliers cedex ).
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jeudi 15 novembre 2001 politis
LE BONHEUR
EXEMPLAIRE
SPECTACLE.
Jolie Môme
joue "
la Crosse en L'air"
de Jacques
Prévert
: réjouissant.
Dans
les années 30, un veilleur
de nuit se rend de Paris à Rome où mènent tous les
chemins de la contestation poétique pour engueler le pape, sourd
aux aux misères du monde mais
pas
aux sirènes fascistes. Voilà pour l'intrigue. La
compagnie
Jolie Môme s'est emparée du texte de Prévert, la
Crosse en l'air, moins pour
l'ingéniosité
de sa narration que pour son verbe, son ironie, sa joyeuse
méchanceté.
On y bouffe du curé et du mussolini, du collabo et des
flagorneurs.
C'est du bon Prévert, mais pas suffisamment pour éviter
quelques
faiblesses. Pourtant, le spectacle offert est on ne peut plus
enthousiasmant,
une totale réussite. La raison ? Le
travail ( beaucoup de travail car
jamais
il ne se voit) de Jolie Môme, une vrai troupe soudée,
connue
pour son engagement politique, mais dont il faut surtout louer ici le
grand
professionnalisme. Il y a là des comédiens qui jouent et
qui chantent juste et bien, qui
bougent avec bonheur, parfois avec
l'agilité
d'artistes de cirque. Rien ne flotte, tout tombe au cordeau: la musique
( Mathieu Barbances à la contrebasse), le chant, le jeu, les
numéros
de danse, la mise en scène (due à Michel Roger). Les
comédiens
incarnent avec une rapidité virevoltante des Kyrielles de
personnages,
tout de rouge et noir vêtus, sauf le petit
veilleur de nuit voyageur, bleu
comme
la nuit de la misère, bleu comme le bleu des ouvriers, et
qui trimballe à la main la lanterne de la vigilance,
de la résistance. Sauf le
pape
blanc, triste et torve comme un vieux pierrot de bazar. Sur son
trône
flottera bientôt, à la suite d'un grand élan de joie
renversant ( la révolution?),
la
bandierra rossa, le drapeau rouge. On peut y croire, on peut aussi se
souvenir
que l'Histoire en a décidé autrement.
Quoi qu'il en soit, autant de
conviction,
de légereté et de plaisir partagé, cela n'arrive
pas
tous les soirs. Jolie Môme aime à reprendre ce mot de
Prévert:"Etre
heureux ne serait-ce que pour donner l'exemple." Avec la Crosse en
l'air,
l'exemple est bien donné.
C.K.
La crosse en l'air,
théâtre
de l'épée de bois, la cartoucherie de vincennes,
les jeudis vendredis et samedis
à
21h et le dimanche à 16h, 100f et 70f
tèl : 01 48 08 39 74.
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France
Inter
Dimanche 11
novembre
2001 à 8h40
Jacques
Prévert
avait un don qui énerve toujours les trissotins : dire des
choses
complexes dans une parole simple, accessible à tous par ses
images
et son humour.
Parole de combat des
années 30, mais toujours actuelle, même si le fascisme a
pris
le visage anonyme et d'autant plus inquiétant de la
mondialisation
ultra-libérale.
Cogner avec le rire
et la dérision,
c'est ce que peut faire
le spectacle.
C'est exactement ce
que fait, avec virtuosité et sincérité, la
Compagnie
Jolie Môme. Sa
"Crosse en l'air", est une revue musicale qui a toute la grâce et
la précision requises par le genre. C'est un spectacle qui
décape
les neurones.
Jean-Marc
Stricker
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Paru le 20 mars
2003
sur le site du
scalp/Rash
Limoges : united-rebelz.org
Cie
Jolie Mome:
bilan
d'une soirée réussie...
je peux
affirmer
avoir passé une soirée délicieuse, totalement
atypique,
radicalement différente de celles que je passe en
général,
dans la forme en tout cas, puisque le fond était le même
que
dans un concert ou une manif: l'engagement total. Une mise en
scène
légère et joyeuse, une rigueur palpable, mais une
sensation
de liberté omniprésente... décidément,
c'était
vraiment réussi! La "crosse en l'air", texte
irrévérencieux
de jacques Prévert, profondément anticlérical,
trouvait
là sa meilleure mise en perspective, par le biais
d'acteurs/chanteurs
qui avaient tous en eux ce qui manque si souvent dans le
théâtre
: la vérité. C'est ce qui m'a le plus séduit je
pense,
cette étrange sensation de ne pas voir une pièce de
théâtre,
genre bourgeois et honni par votre serviteur, mais un bout de
réalité,
une morceau de vrai.
Franchement,
si vous
avez l'occasion de croiser leur route, en manif, en tournée ou
au
hasard des programmations, n'hésitez pas: rien de mieux pour la
colère!
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Le Monde Diplomatique
Janvier 2002
PARU dans Paroles en 1946, La Crosse en l'air; dont la troupe Jolie
Môme propose une vibrante interprétation (1), a
été écrit dix ans plus tôt, au moment du
Front populaire en France, de la guerre civile en Espagne et de la
collusion de l'Eglise avec le franquisme. Tout cela est au cœur du
texte de Prévert, qui raconte, sous ce titre évoquant
à la fois le pouvoir clérical qu'il exècre et
L'Internationale qui. invite à rompre les rangs (Crosse en l'air
/ Rompons les rangs !), les tribulations d'un veilleur de nuit qui
entreprend -ou rêve qu'il a entrepris - un voyage à Rome
afin d'y rencontrer le pape et lui demander des comptes au nom des
travailleurs du monde entier.
Prévert règle au passage ses propres comptes avec les
institutions dominantes - l'Eglise, l'Etat, les médias,
l'armée, le fascisme - avec une verve et une puissance
d'invective qui n'ont que peu d'équivalent dans la
littérature. A tout ce qu'il dénonce, Prévert
oppose la parole et la lumière vivantes des êtres qui
luttent pour la liberté. Et c'est un oiseau blessé qui
aura le dernier mot, le temps de dire qu' il reste en notre pouvoir de
ne pas subir ce qu'on veut nous donner pour un destin.
On appréciera la fidélité de la compagnie Jolie
Môme à ce texte célèbre auquel elle n'a rien
retranché ni ajouté, et dont elle a su rendre toute la
charge d'humour et de tendresse, tout le pouvoir d'incitation à
la révolte et à l'insoumission, prolongeant ainsi ce
théâtre d'agit-prop que Prévert et le groupe
Octobre ont exemplairement illustré en France.
NORMAND BAILLARGEON
RETOUR
Du beurre dans les Epinal.
Camarade Prévert
Au Théâtre de L'épée de bois.
Par Cyril Carret
Le talent des individualités de la compagnie Jolie Môme
explose dans cette pièce festive en forme de diptyque (le
tableau des merveilles et la crosse en l¹air), où le jeu
oscille entre la fable sociale réaliste et le grand guignol. Un
morceau de bravoure magistralement interprété par " des
hommes de viande et des femmes vivantes " sur un texte au charme
désuet de Prévert le rouge, transcendé par une
mise en scène parfaitement maîtrisée.
Ce show d'anthologie historique est composé de deux petites
pièces bien différentes qui nous emmènent en un
tumultueux pèlerinage dans l'univers de la revendication, depuis
Cloche Merle jusqu'à Rome ( unique objet de mon ressentiment ).
Sur une vaste scène dépouillée, seize acteurs
offrent leurs tripes pour nous guider dans le cosmos de l'exhortation
au combat social égalitariste, bousculant au passage la cohorte
des notables bien pensants, la papelardise, la vaticanerie et
autres catholiques trafiquants . C'est ici un des enjeux, et non
des moindres, de ce spectacle : exploiter, sans le trahir, le charme
vaguement daté d'un texte quelque peu manichéen mais
néanmoins savoureux.
Conçues au début et à la fin de la guerre
d'Espagne, les deux pièces en reprennent la thématique.
La farce, Le tableau des Merveilles, pastiche d¹un
célèbre drame de Cervantès, fut écrit par
Prévert en 1936 et interprété par le Groupe
Octobre dont il était le dramaturge. La crosse en l'air est un
impitoyable réquisitoire contre l'église catholique et sa
participation à la montée des fascismes en Europe.
À cet égard, on peut constater que le discours du
camarade Prévert a mal résisté au temps,
même si la perspective que nous offre aujourd'hui l¹histoire
nous force à constater que rien n'a radicalement changé
même si la déferlante du"politicaly correct" a
modifié le discours de revendication. L'esprit insolent et
provocateur du dramaturge poète grésille donc dans nos
oreilles habituées au cynisme ambiant.
La finesse de l'adaptation des compères de Jolie Môme
consiste à avoir su transcender le texte à chaque
instant. Le recul et la hauteur pris ne permettent jamais de sombrer
dans le discours manichéen premier degré. Malgré
son artillerie lourde de drapeaux rouges, de bonnets guevaristes, de
capots républicains espagnols, ses thèmes musicaux
engagés (Bandiera rossa, Ay Carmela, l'internationale), la mise
en scène offre une perspective qui les fait intervenir comme des
marqueurs temporels. Remises en situation et exploitées, ces
images d'Épinal se dégagent du cliché en
participant de l'intensité dramatique qui jaillit de l'ensemble,
sans jamais sombrer dans le pathos ou le lieu commun, sur un fil tendu
entre pudeur et exaltation (on pense au bouleversant Land and Freedom
de Ken Loach). La mise en scène, traitée de façon
collégiale, a su prendre à contre-pied, sans la
desservir, la maxime de Prévert : " la nuance, on s'en balance ".
La subtilité de l'interprétation contribue
également à l'élévation du discours. Les
acteurs baguenaudent du registre de la Commedia del Arte à celui
du théâtre de boulevard, en passant par la tragédie
ou la farce, avec grâce et précision : le travail est
magistralement maîtrisé avec l'intelligence du cœur et du
chœur, cœur qu'ils mettent à l'ouvrage dans un réel
esprit de chœur théâtral antique où toutes les
individualités sont exploitées et exaltées sans
qu'aucune ne soit réellement mise en avant. Les
comédiens, qui sont tour à tour danseurs, acrobates,
musiciens, chanteurs, excellent dans tous les registres. La composition
vocale est de qualité, tant dans le jeu que dans les
différentes pièces chantées de la deuxième
partie, empruntant à la comédie musicale, au chœur
d'églises ou à la " musique de terrain vague ".
Il s'agit sans conteste de l'un des plus beaux exemples de ce que l'on
a coutume de nommer spectacle global. Ce soir c'est donc fromage et
dessert.
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