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Mars 2007


  Aurillac 2005


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Novembre
2003



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Eté 2004




2003 - 20ans !


1993 -
10 ans !




- French lovers - mars 2007

C'est vrai, c'est une reprise. En fait, La crosse en l'air est sortie en 2000, à la Cartoucherie, depuis, nous l'avons beaucoup jouée mais seulement en province, hormis Nanterre, La Clef... Et puis, notre nouveau spectacle “Gaïa et Prométhée” de Enri Wegmann ne sera prêt que pour la 2° édition de notre festival d'été La Belle Rouge à Saint-Amant-Roche-Savine de dernier week-end de juillet. (En toute impartialité, je vous conseille ! )
Alors on s'est dit : “depuis 2000, on a beaucoup de nouveaux spectateurs, il faut jouer La crosse en l'air à La belle étoile”.
Et puis, même si depuis la création (du spectacle, pas du monde...), Jean-Paul II a passé l'arme à gauche (faute de mieux !), son successeur est aussi désagréable, antipathique que lui et sur les mêmes positions ultra-réactionnaires notamment à propos du divorce, du mariage des femmes et hommes d'église, de l'avortement, du mariage des homosexuels, de l'euthanasie, de la contraception...
Et puis la poussée des mouvements créationnistes aux Etats-Unis, en Allemagne, en Pologne, en France... nous effraie considérablement. Sans parler de la banalisation, de la multiplication, voire de la normalisation des groupements racistes, nationalistes.
Et puis cette campagne où en matière électorale on en est à voter “pour” pour faire “barrage à” ou à voter “contre” pour provoquer une opposition. Entre la politique du moindre mal et la politique du pire on se retrouve comme en matière syndicale à colmater, étayer, à essayer de reculer le moins vite possible, on n'ose même plus réver cette terre qui est quelquefois si jolie,
Avec ses mystères de New York
Et puis ses mystères de Paris
Qui valent bien celui de la Trinité
Avec son petit canal de l'Ourcq (...)
Avec les épouvantables malheurs du monde
Qui sont légion (...)
Avec la paille de la misère pourrissant dans l'acier des canons.

(Jacques Prévert “Pater noster” dans Paroles)
Enfin, on est heureux d'apprendre que Bayrou a reçu une caisse de Bordeaux (cadeau d'un ami) parce qu'il a dépassé le cap des 20% dans un sondage (France Inter... !) que Chirac nous aime, que le ministre de l'immigration et de l'identité nationale le paraphrasant falotement affirme que nous nous aimons. Bref, “Que je t'aime” comme disait Johnny-le-mentor avant de protéger jalousement sa fortune des services fiscaux. Il avait pourtant ses chances en tant que candidat à l'élection présidentielle puisqu'apparemment le quarté favori ne compte que ISFistes, excepté M. Bayrou (plus malin ?) qui a investi sa fortune dans son exploitation agricole...
Enfin, nous au moins au premier tour, on se fera plaisir et on votera pour nos idées, après...
Comme disaient les Communards : “Trop rarement celui qui possède la fortune est disposé à regarder le travailleur comme un frère.”


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Jusqu'au bout...

C'est délicat, comment en parler... ça va paraître décalé... après tout, ici c'est la fête... et le festival a 20 ans... et le protocole n'est toujours pas abrogé... et qu'est-ce qu'on fait en 2007 ?... C'est sûr, ce n'est pas simple, par les temps qui courent ma bonne dame... Pour ceux qui sont nés dans les années 50, 60... la résistance a bercé leur enfance... le Ché aujourd'hui sur nos T.shirts était encore vivant... la révolution envisageable... et 68 et le mur de Berlin et ceux qui parlaient beaucoup, et qui brassaient du vent, et ceux qui s'organisaient sérieusement en vue du grand soir... et ceux-là, ceux qui se sont crus capables de faire ce que les autres prétendaient... parce qu'ils avaient 20 ans ?... ceux-là qui ont pris les armes chez nous, au nom d'une révolution que nous étions tant à espérer... que eux voulaient vivre à tout prix... Quelque temps avant que la gauche devienne officiellement capitaliste... que l'extrême gauche se taise, que de fête de la musique en restaurant du coeur, de Longwy à Cellatex, de RMI en emplois jeunes, de cellules de reclassement en plans sociaux, nous passions de 1 à 3 millions de chômeurs, du danger communiste au danger islamiste, que le FN devienne la 2° force politique du pays. Cela fait 18 ans que les militants d'Action Directe sont incarcérés, ils ont tué, c'est vrai, c'est inadmissible, c'est vrai, ils ont tué 2 innocents notables et symboliques, un général des services secrets et le patron de chez Renault. L'un s'occupait de vente d'armes en Afrique et l'autre commençait la privatisation d'une des entreprises nationalisées par la résistance à la libération. Ces meurtres ont été jugés par un tribunal d'exception, anti-terroriste. Ils ont été condamnés à perpétuité : Nathalie, Joëlle, Jean-Marc, Georges, Régis... La loi prévoit une peine incompressible, une période de sûreté, alors on réfléchit, on se pose la question... l'horreur du crime... le danger de récidive... la réinsertion... l'état de santé... la volonté populaire...

On se demande pourquoi leurs crimes sont pires que tout, pires que Papon, pires que les pires crimes de sang, qu'est-ce qui est impardonnable ?... d'avoir tué ?... des représentants de l'Etat ?... d'avoir refusé d'accepter qu'il y ait toujours des riches et toujours des pauvres, que 36000 enfants par jour meurent de faim, qu'un géant de l'informatique ait une fortune égale au Pib de l'Afrique (soit un individu = 600 millions d'individus !)...

Toujours est-il que le maintien en détention des militants d'AD nous rend tristes, peut-être parce que certains d'entre nous étaient ados ou avaient sensiblement le même âge au moment des faits, que leur courage, leur détermination, nous épataient, peut-être qu'on se dit qu'une des fonctions de l'artiste est de poser des questions embarrassantes, peut-être est-ce une réponse à l'ostracisme et à l'indifférence dont ils sont victimes... et bien qu'en tant que troupe de théâtre nous soyons là pour vous distraire, bien que ce soit l'été, les vacances, le 20° anniversaire du festival, nous faisons appel à votre vigilance, ne laissons pas faire, 18 ans ça suffit !


Compagnie Jolie Môme

17 août 2005


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On n'a pas à rougir…

Récemment encore une VIP de la littérature policière nous disait ; c'est vachement bien ce que vous faites, j'adore, je vais essayer de vous faire venir dans ma région mais c'est très rouge…
Ah, c'est ça être rouge, alors oui on l'est, sans doute.
A peine rentrée à la maison, je feuilletai l'agenda écolo-culturel des camarades ardéchois qui nous accueillaient et me disais ;

trop rouges…!
3 milliards de personnes (la moitié de la population mondiale) vivent avec moins de 2 dollars par jour,trop rouges… !
Au Japon, l'espérance de vie en bonne santé est de 75 ans, elle est de 28 ans et demi au Sierra Léone,
trop rouges…!
Plus de 90 % des adolescents et enfants du monde vivent dans un pays en développement,
trop rouges…!
Il existe dans le monde 150 zones entièrement dépourvues de vie à travers les mers et océans, la pollution étant l'unique responsable,
trop rouges…!
Plus de 1 million de personnes rejoignent les villes chaque semaine, actuellement 1/7ème de la population vit en ville (900 millions de personnes),
trop rouges…!
Sur la planète 1 personne sur 5 (1,2 milliard de personnes) n'a pas accès à l'eau potable. Dans 20 ans, 3 milliards d'individus seront victimes de la pénurie d'eau, si aucune action d'envergure n'est mise en place,
trop rouges…!
Aujourd'hui en France, 1 million d'enfants vit en dessous du seuil de pauvreté, soit un enfant sur 12… Le seuil de pauvreté = la moitié du revenu médian (niveau de revenu en dessous duquel vit la moitié de la population), en 2003, il est de 650 € par mois pour une personne et 1170 € par mois pour un couple avec un enfant de moins de 14 ans,
trop rouges…!
Après la drogue et les armes, le trafic illégal de plantes et d'animaux est le plus lucratif au monde. Il génèrerait 10 milliards de dollars par an,
trop rouges…!
En France une ferme disparaît toutes les 25 minutes,
trop rouges…!
Une femme toutes les minutes meurt d'un problème lié à la grossesse, le risque est 46 fois plus élevé dans un pays en voie de développement,
trop rouges…!
Dans le monde 1 espèce sur 4 est menacée chez les mammifères, 1 sur 8 chez les oiseaux, 1 sur 3 chez les poissons et plus de la moitié des plantes, fleurs et insectes,
trop rouges…!
Si tous les humains vivaient comme un européen, il faudrait 2 planètes supplémentaires,
trop rouges…!
On consomme aujourd'hui en 6 semaines le pétrole que l'on consommait en un an en 1950,
Sans parler de l'hypocrisie de la discrimination positive, de la loi sur l'égalité des chances (tu l'as dit bouffi !), de l'immigration choisie… Sans surtout parler des pourfendeurs du retour de la peine de mort… Des condamnations expéditives des jeunes de banlieues et étudiants.
Peut-être, comme disait l'autre, on ne peut pas accueillir toute la misère du monde, peut-être comme disait l'autre autre il y aura toujours des riches et toujours des pauvres… Alors, tiens je vais me distraire puisque j'ai la chance d'être née dans un pays développé, je vais regarder un des documentaires enregistrés récemment ; Tchernobyl, Oradour… Non, ça va encore me faire rougir…
Tout ça pour dire camarade écrivain de Série Noire que si c'est ça être rouge, alors oui, je crois qu'on l'est , on est même vermillon, carmin, vermeille (non, ça fait vieux…) écarlate.
Et vivent les ours, les loups et les petits moineaux.
Cie Jolie Môme – Juin 2006


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60millions d'amis...

Fallait-il ou ne fallait-il pas voter, comme des moutons, en 2002 ? La question n'est pas là, la question est là, la question n'est plus là. De toute façon, comme disait ma grand-mère, on ne peut pas revenir en arrière et puis qu'est-ce qu'on peut faire ?
Le spectre de la bête immonde nous amène à accepter les pires reculs sociaux : Retraite, EDF, sécu, limitation du droit de grève, chantage à la délocalisation, les 35h ?!… sans parler des intermittents, minorité négligeable, PTT bientôt, France Telecom c'est déjà du passé, le CNE, le CPE, les baux locatifs sur le modèle CPE… Le Baron Antoine Sellières,
patron des patrons européen trouve que le Smic est trop élevé. C'est bien ce que je me disais en paramétrant mon logiciel de salaires, que font les smicards de tout cet argent ? Antoine, la prochaine fois, pour ce genre de question, téléphone-moi (01 49 98 39 20), ne te fatigue pas inutilement, ne perds pas ton temps, le temps c'est de l'argent, surtout le tien et celui de tes amis (pour la petite histoire, le temps d'un discret petit bâillement d'ennui et de contentement et l'équivalent d'un Smic tombe dans l'escarcelle de Madame de L'Oréal, cet équivalent de Smic là, n'est pas trop élevé lui, hein Toto (Toto, c'est Antoine, enfin pour les intimes bien sûr).
Bon bref, que faire ?
Voter à droite et jouer "Mon cul sur la commode", garder les vaches avec Régine, cultiver les champignons radioactifs dans le sud-est, attendre 2007 que les champions de la démagogie nous expliquent que c'est la droite qui a tout cassé, qu'elle avait tort bien sûr mais qu'on ne peut pas revenir en arrière (Tiens, ma grand-mère n'a pas fait l'Ena que je sache ?! ) que les temps ont changé et qu'il faut vivre avec son temps, qu'il y aura toujours des riches et toujours des pauvres et patati et patata…
Le pire, c'est que ça va marcher, et les beaux jours de la politique du moindre mal vont revenir…
Pour se déculpabiliser d'être des nantis, nous, les smicards, précaires et assimilés, allons soutenir l'effort national à travers ses organisations humanitaires : tiens le tsunami tombe à pic, je vais envoyer un petit chèque à la Croix Rouge, au Secours Pop... Oh, puis non, soyons fous, Kouchner c'est vraiment mieux.
Mais qu'est-ce qu'on peut faire ? (C'est Mémé !)
Sommes-nous déjà à moitié cuits ?
Principe de la grenouille chauffée d'Olivier Clerc - écrivain, philosophe.
« Imaginez une marmite remplie d'eau froide dans laquelle nage tranquillement une grenouille,
Le feu est allumé sous la marmite, l'eau chauffe doucement. L'eau est tiède.
La grenouille trouve cela plutôt agréable et continue à nager.
La température monte. L'eau est chaude.
C'est un peu plus que n'apprécie la grenouille, ça la fatigue un peu, mais elle ne s'affole pas.
L'eau est cette fois vraiment chaude.
La grenouille trouve cela désagréable mais elle s'est affaiblie, alors elle supporte et ne fait rien.
La température continue à monter et la grenouille finit par cuire et mourir sans jamais avoir fait quelque chose pour s'extraire de la marmite.

Si la même grenouille avait été plongée directement dans l'eau bouillante, elle aurait immédiatement donné le coup de patte adéquat qui l'aurait éjectée de la marmite… »

Bon, jolie métaphore mais admettons que l'eau va refroidir un peu à la suite d'une panne d'électricité, conséquence de la détérioration de l'entreprise Electricité De Fartempion et qu'on va s'extraire de la marmite et que le vilain crapaud va se transformer en prince charmant… NON ! On aime pas les princes, en canard parce qu’on aime les canards (même s'ils ont le virus H5N1), et « les canards n'ont pas perdu leur bon sens. », comme le démontre Eduardo Galeano dans Le Monde Diplomatique de juillet 2004.

"Pour nous sauver, se rassembler comme les canards d'une même volée, comme les doigts d'une même main.
Technologie du vol collectif : le 1
er canard se lance et ouvre la voie au second qui indique le chemin au 3ème et l'énergie du 3ème fait s'envoler le 4ème qui entraîne le 5ème et l'élan du 5ème provoque l'envol du 6ème qui donne de la force au 7ème. Lorsque le canard éclaireur se fatigue, il rejoint la queue de l'essaim et laisse sa place à un autre qui monte au sommet de ce V inversé que les canards dessinent dans l'air. Tous prendront à tour de rôle la tête et la queue du groupe. D'après Juan Diaz Bordenave (essayiste paraguayen) qui n'est pas palmipédologue, mais qui s'y connaît, aucun canard ne se prend pour un super canard s'il vole devant ni pour un sous canard s'il est en queue. Les canards, eux, n'ont pas perdu leur bon sens. »
Et puis, même si les Anglais nous appellent les grenouilles, on est pas des grenouilles, mon canard !
Mais faisons gaffe, avec la psychose créée de toutes pièces autour de la grippe aviaire, les moutons blancs décanillent avec passion tout ce qui a des plumes (le dépôt de bilan menace les Folies Bergères...) abandonnent leurs chats… bande de cons… et puis la chasse n'est pas encore un archaïsme…

- Jolie Môme – Juillet 2004

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Quand le Téléthon va, tout va.

L'audimat explose et les fonds recueillis ne cessent, année après année, d'augmenter.
Ça tombe bien, puisque le budget de la recherche a été diminué(1,3 %).
La France « lanterne rouge » en matière de budget consacré à la recherche financera dorénavant les recherches par le privé pour les 2/3. Les chercheurs seront eux payés en fonction de la rentabilité de leurs recherches, le Téléthon a de beaux jours devant lui, les maladies orphelines aussi.

On va d'ailleurs sans doute voir fleurir de nouvelles grandes messes médiatiques ;

-le Fonctionpubliquethon,
-le Retraitethon,
-le Sécuritésocialethon,
-le Recherchethon,
-le Logementpascherthon,
-le Chômagethon,
-le Michethon...

Sérieusement, et pour parler de ce qui nous concerne directement et vous concerne indirectement, vous public,
-L'Intermitthon, pour nous, professionnels du spectacle, travaillant par intermittence.
Le projet du gouvernement concernant l'assurance chômage des salariés du spectacle vivant et enregistré, se solderait par l'application d'une triple peine aux salariés intermittents du spectacle,
-la dégressivité des allocations serait maintenue alors qu'elle ne s'applique plus dans l'ensemble du régime d'assurances chômage,
-le doublement des cotisations sociales et patronales Assedics des intermittents serait maintenu,
-l'indemnisation serait sévèrement amputée pour le plus grand nombre des professionnels du spectacle (toutes catégories confondues).
Toute notion de solidarité annihilant la mise en application du projet implique l'exclusion d'un grand nombre de professionnels de toute indemnisation chômage, tout en améliorant de façon très sensible l'indemnisation de ceux ayant une forte activité professionnelle et des revenus élevés.

Voilà.

Depuis 20 ans, le pli est pris, on gère le capitalisme, le chômage, la crise, on divise les travailleurs entre ceux qui ont un emploi et ceux qui n'en ont pas, ceux qui sont français et ceux qui ne le sont pas, ceux qui sont fonctionnaires et ceux qui..., ceux qui sont chrétiens et ceux qui...
Conséquence: une minorité de riches s'est enrichie de façon éhontée et en contrepartie de plus en plus de pauvres et de personnes en situation de grande précarité .
La "gauche" a ouvert la voie en créant le PARE, avec l'aide d'un "syndicat" la CFDT, des syndicalistes sont emprisonnés, des politiciens et financiers véreux sont acquittés et deviennent intouchables ou animateur télé.
Toulouse explose, l'océan a un goût de pétrole, les uns préparent la guerre, les autres y consentiront.
Alors dans tout ça, le sort des professionnels du spectacle semble dérisoire, cependant à une époque où les média appartiennent au pouvoir financier et les journaux, pour la plupart, aux marchands d'armes, le spectacle est un îlot de résistance face à l'idéologie dominante. Enfin, un professionnel du spectacle sur deux n'a pas ses droits ouverts aux Assedics (11 n'atteint pas le quota d'heures nécessaire) et 80 % des heureux indemnisés touchent environ le SMIC...
Enfin, tant qu'on a la santé !
Cie Jolie Môme – Eté 2004

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" Le monde ne sera sauvé
que par des êtres insoumis " André GIDE

Tu fais grève, tu crèves, tu fais pas grève, tu crèves quand même ! Alors, autant se payer le plaisir (!) de faire grève avant de « peut-être »  disparaître. De plus, soyons humbles, même si on ressent une satisfaction certaine à se dire insoumis, dans notre société, être insoumis ne relève pas encore de l’héroïsme.

Malgré cela, la pensée dominante fait « führer » ; la grève c'est dépassé, on prend les gens en otage, on ne fait du tort qu’à soi même, on scie la branche… et patati et patata…

Comme partout peut-être, comme toujours sans doute, trois tendances s’affrontent : les non grévistes, les tièdes, les grévistes. La mise en place de ce mouvement sans précédent dans le spectacle ne se fait pas sans désillusions. Ceux-là mêmes sur qui on croyait pouvoir compter nous lâchent : « Qu’est-ce que vous nous emmerdez, ça sert à rien de faire grève ici, jouez, on est des petits comme vous… »

Autrement dit : contente toi de nous faire rire , bouffon, on te trouvera bien un croûton ! Mais c’est peut-être justement ces petits festivals, ces petits acheteurs qui seront les premières victimes de notre nouveau régime, pourrons-nous dorénavant accepter de jouer à moitié prix ou même quelquefois gratuitement ? En aurons-nous matériellement le temps, les moyens… ?

Certaines personnalités « guides » de la profession nous méprisent du haut de leurs subventions et de leurs piedestals, il faut souffrir, mériter, payer pour être artistes, mais souffrent-ils eux-mêmes beaucoup ? Les salles de prestige ne profitent elles pas indirectement de l’initiation au spectacle vivant que font des petits comédiens de rien du tout dans la rue, dans les villages, dans les banlieues, dans les écoles, dans les petits festivals. Les programmations du « In » des gros festivals ne profitent elles pas de la présence des troupes du « Off » ?

Et puis, on nous dit toujours qu’on coûte cher, qu’on ne rapporte rien, qu’on n’est pas rentable, mais les retombées économiques des festivals d’Avignon, La Rochelle, Aurillac… seraient elles aussi considérables sans les petites compagnies ?

Mais ces désillusions construisent aussi la grève et révèlent ceux sur qui on peut compter. Faire grève n’est facile pour personne, d’autant plus dans nos métiers où la représentation – aboutissement du travail – est associée à la notion de plaisir. Mais comment avoir envie de jouer quand on programme à très court terme notre agonie ?

Comment faire comprendre au public, au sens large, ce que sera le paysage culturel quand les travailleurs du spectacle qui survivent grâce à l’intermittence, auront disparu, si ce n’est en cessant d’exercer son activité quand on est un intermittent en danger ?

Comment organiser la lutte, la résistance, les actions si chacun vaque à ses occupations ?

Pour la petite histoire, le 28 juin, premier jour de grève en ce qui nous concerne, nous avons décidé de commencer le spectacle et de l’arrêter afin de marquer le public, genre « coït interrompu », en fait, le public s’est levé comme un seul homme et a applaudi (faut dire que le public de Jolie Môme c’est pas n’importe quoi ! ) et le coït interrompu a été pour notre pomme. Nous étions plus d’un(e) sur le plateau sans voix, les larmes aux yeux, parce qu’évidemment on aime notre métier et on a la chance qu'il soit merveilleux, mais ce n'est pas une raison pour accepter de le faire pour le RMI, RMA, CES, pour un pourboire, au rabais, bénévolement. C’est pour ça que grève totale ou grève ponctuelle, même si pour l’instant tout le monde rejoue, à force de manifs, d’assemblées générales, d’actions, nombreux maintenant sont les camarades « intermittents » décidés comme nous à ne pas lâcher. Donc, à suivre… Camarade public !

Enfin, bref, si on est dans la merde, on y est pas tout seuls. Rassurant non ! On y est avec nos camarades profs, personnels TOS, agents EDF, SNCF, France Télécom, postiers, emplois-jeunes, chômeurs, sans papiers, retraités ( enfin ceux qui ont passé le cap de la canicule…), nos camarades métallos de Boulogne sur Mer, nos camarades de Matra, Copenhor, de chez « Tati », Métaleurop, des verreries de Baccarat, les personnels hospitaliers, les archéologues, Alstom chantiers de l’Atlantique, Thomson Rennes, Aventis, Air France, Lu-Danone, BPA, EPCOS, RMIstes…

Et vive la convergence des luttes !
25 novembre 2003



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On s'dit qu'on a déjà 20 ans
!

Avril 2003

L'expérience n'est qu'une lanterne qui éclaire le chemin parcouru” poverbe chinois affectionné par Antonio, metteur en scène du théâtre de l'Epée de Bois (Cartoucherie) où Michel, fondateur de la compagnie Jolie Môme a allumé sa lanterne. La dîte lanterne à la main et fort de cet adage dont il est convaincu, Michel éclaire le chemin non parcouru et rêve d'une troupe dont il serait le porte-lanterne, le porte-parole, le porte-drapeau, d'une compagnie pleine de filles jolies, de jolies filles, de jolies mômes...
Je serai Léo Ferré ou rien... Tiens, Jolie Môme c'est joli comme nom pour une troupe, oh Compagnie Jolie Môme, c'est parfait.
C'est parti, après quelques 10 années au sein de la troupe du Théâtre de l'Epée de Bois, Michel crée avec quelques amis la Compagnie “Jolie Möme”, le 20 juillet 1983, parce qu'il désire faire du théâtre hors des institutions...
Premiers spectacles Caïus, Bâtiment K, la troupe se construit petit à petit, comme l'oiseau fait son nid, avec Béatrice, Marie...
Pascale arrive pour s'occuper de l'administration.
Puis, rencontre avec Jean, éducateur chez Emmaüs, avec qui nous travaillons de façon quotidienne pendant 5 ans.
Naissance des premeirs spectacles cabaret.
Du théâtre La mère de Brecht.
Arrivée de Nicolas, Maryline, Valérie...
Premier prix aux rencontres de la jeune création de Gennevilliers en 1989, notre premier César en quelque sorte.
Installation pour 3 ans à la MJC de Gennevilliers, travail avec les jeunes des quartiers.
Et voilà Myriam.
De nouveaux spectacles cabaret, Romance, Les vacances de M. Dubois, le spectacle cabaret actuel Rouge-coeur pointe son nez.
Première voiture Mémère, 504 automatique modèle luxe, c'est un cadeau.
La promiscuité avec les exclus, les jeunes de banlieue, la grande lutte des intermittents de 1992, nous mettent en colère, mais nous ne nous trompons pas de colère (CD4... 15€). Conscients d'appartenir à la classe des exploités, le spectacle de chansons rougit et le drapeau rouge rejoint les personnages du cabaret.
Sylvie (Maman) intègre la troupe en 1992.
Estelle, Angélica.
La mort dans l'âme nous nous séparons de Mémère.
Second véhicule, Fan la bise, c'est un ancien Trafic de flic, c'est pas un cadeau... Mais complice de nos déplacements et de nos aventures, nous nous y attachons quand même.
Théâtre Le roi s'amuse Hugo.
Cyril fricote avec nous dans les ateliers de la MJC.
1992, nous quittons Gennevilliers agacés par la politique de prestige que la commune, pourtant communiste, pratique sur le plan culturel.
Après quelques baux précaires, nous nous installons au Pré-Saint-Gervais, à nouveau accueillis par notre ami Jean et l'Association Emmaüs.
Arrivée de Lorène, Lolo.
Rouge-coeur prend corps...
Arrivée de Toufan.
Théâtre L'Assemblée des femmes de Robert Merle (un homme charmant...).
Bâtiment K. Reprise.
Cécile qui attendait avec impatience sa majorité pour nous rejoindre, arrive enfin.
Puis Serge et Mathieu, ils sont censés remplacer Cyril qui rêve de travaillerà la Poste.
Rêve de stabilité sociale ?...
Mais le grand réveur Cyril oublie de déposer sa candidature et finalement nous propose d'assouvir ses fantasmes de fonctionnariat lors d'une prochaine création en interprétant un camarade postier soigneusement imaginé par ses soins... Bref, du coup l'équipe s'agrandit.
1996 : rencontre avec Dédé Chassaigne.
1997 : premier CD de la Compagnie Jolie Môme, éponyme, réalisé à St Amant et premier été en résidence, L'Assemblée des femmes du toujours aussi charmant Robert Merle.
On se sent bien ici, on reviendra.
Emmaüs doit réaménager notre local pour faire du logement social. Que dire contre ! ...Nous partons.
Lors du grand mouvement social (comme ils disent) de 1995, nous sympathisons avec les cheminots de la CFDT en lutte, futur SUD Rail, (mais on est toujours copains avec la CGT... normal on y est) et grâce à leur soutien, nous signons un bail avec la SNCF et jouissons d'un local de 500 m2 en plein Paris pour une poignée de francs, soit une pincée d'€uros.
Nous nous séparons de Fan la bise et achetons Raoul, le Ford Transit qui n'aime pas la neige et va bientôt partir en retraite.
Les étés et les CD se succèdent à Saint-Amant.
Arrivée de Nathalie, Emmanuel.
La mère, Barricade, Le tableau des merveilles, La crosse en l'air, Je reviendrai et je serai des millions..., Rouge-coeur.
François.
CD 2 Rouge-horizon (15 €), CD 3 Pendant c'temps là (15 €), CD4 sans titre pour l'instant mais néanmoins 15 €, sortie en juin 2003.
La camionnette roule, les spectacles tournent, les luttes s'intensifient, les sans-logis, sans-travail, sans-droits, sans-papiers, sans-granchosemaisavecbeaucoupdesoucis.
A part ça, on aime les endives, les tripoux, les pommes de terre, la saucisse d'Auvergne, la baguette parisienne “à la campagne, ils ne savent pas faire le pain “ disent les parigots, premier clivage dans l'équipe, cette conversation récurrente est source d'un embryon de scission au sein de notre équipe bien soudée. Comme quoi, on est bien peu de choses !
On a un chat Valentin, une merveille. Bientôt 20 ans comme Jolie Môme...
On n'habite pas tous ensemble (ouf) mêmes'il y a des couples (...) et tout l'été on est à Saint-Amant, vous pourrez nous demander tout ce que vous voulez, cependant si on a pas envie de répondre...
On fête nos 20 ans du 17 au 20 juillet 2003 avec du théâtre, de la musique, des chanteurs, des amis.
3° rencontre des chorales révolutionnaires du 11 au 17 juillet.
Tous les vendredis, samedis, dimanches du 25/07 au 17/08 Je reviendrai et je serai des millions sous le chapiteau, une soirée cabaret avec Saviloisirs le 14 août.
Et pour finir l'été, comme d'hab, Aurillac.
Au fait, pour conclure, important, notre adage préféré à nous c'est “à course de cheval, arrêt d'âne”, voyez, nous aussi on est un peu de la campagne.

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Les 6, 7, 8 juin 2002 spectacle-surprise de la Compagnie Jolie Môme
Encore eux

Lucette : Encore eux !
Martine : Moi, je les aime bien, pour moi, ils sont presque de Saint-Amant maintenant.
Lucette : Ouais, mais bon dans leurs spectacles, ils parlent toujours de politique et puis avec leur drapeau rouge là...
Martine : Oh, ils ne font pas bien de mal, c'est leur dada, leurs idées quoi et moi, je les trouve gentils, sont pas bégueules.
Lucette : Manquerait plus que ça avec ce qu'ils disent dans leurs spectacles !
Martine : Ah, tu vois, même toi tu reconnais certaines qualités à ces idées là.
Lucette : ?...
Martine : Bref. Tu vas y aller quand même voir leur nouveau spectacle ?
Lucette : Sans doute. J'y vais bien toujours, je dois avouer que j'y passe une bonne soirée, je m'y ennuie pas. Mais tout de même, l'an dernier ils sont allés un peu loin avec leur “Crosse en l'air”. Elle n'a pas besoin de ça notre église dans l'état où elle est...
Martine : Tu deviens catholique toi sur tes vieux jours ?
Lucette : Te fous pas de moi, mais j'essaye, ça me rassure et puis ça donnerait un sens à tout ça.
Martine : T'es comme le flux et le reflux toi, tu me fais marrer !
Lucette : ???....
Martine : Bref, tu sais au fond, eux aussi, ils cherchent un sens à tout ça et au lieu de croire en Dieu, ils croient en l'homme.
Lucette : Hum. Et c'est quoi cette année leur spectacle ?
Martine : C'est une création, enfin une pièce qu'ils ont écrite eux-mêmes, je crois que ça raconte l'histoire de Spartacus.
Lucette : Et c'est qui celui-là ?
Martine : C'est un esclave du temps des Romains, avant Jésus Christ, il a brisé ses chaînes et a tenu tête à l'armée romaine avec des milliers d'autres esclaves pendant presque 4 ans. Pour finir il a été crucifié avec 6472 de ses camarades.
Lucette : Et beh... Faut dire que c'est impensable qu'on ait pu faire souffrir des pauvres gens comme ça. Les traiter comme des bêtes.
Martine : Pire que des bêtes, ils coutaient moins cher.
Lucette : Non arrête, ne m'énerve pas. Tu exagères toujours.
Martine : Je t'assure. Tu iras, tu verras et on en parlera.
Lucette : J'espère qu'ils feront du vin à la cannelle comme l'été dernier.
Martine : Oh certainement. Mais je préfère te prévenir, tu sais je les connais un peu et si ça se trouve ça ne sera pas du tout Spartacus. Ils sont comme ça eux, il suffit que quelque chose d'important se passe au niveau international, en Palestine par exemple, pour qu'en 4° vitesse, ils changent leur projet.
Lucette : Houla, la Palestine moi j'y comprends rien, pourvu que ce soit Spartacus. Et au fait tu votes quoi toi ?


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Pour tout bagage on a 20 ans...

Déjà !

«Ça nous rajeunit pas ! » comme dirait ma mère.

Roland Barthes, philosophe moins prosaïque trouvait une satisfaction dans le vieillissement, celle de se dire qu'on n'était pas mort jeune...

« Hou la la, c'est bien compliqué tout ça et puis ce n'est pas bien gai ! (Nous sommes revenus comme vous vous en doutez au bon sens populaire de ma mère).

C'est pas bien gai, c'est vrai M'man, et puis 20 ans c'est jeune en fait, on a encore le temps avant de faire le bilan.

Mais les comptes ronds invitent au bilan, et à l'aube de nos 20 ans ce bilan intermédiaire nous procure une satisfaction certaine ; d'exister depuis 20 ans, d'exister tout court, de vivre de notre métier, de durer, de travailler de plus en plus, d'avoir un public fidèle, chaleureux et de plus en plus nombreux.

C'est pour ça qu'on souhaitait fêter notre anniversaire, offrir à notre public un week-end politico-artistique comme on aime, présenter les troupes, musiciens et chanteurs qu'on aime et faire connaître ce qu'on appelle notre « résidence secondaire » Saint Amant Roche Savine, un petit village pas comme les autres qu'on aime et qui accueille chaleureusement depuis 6 ans une troupe pas comme les autres qu'on aime, la notre « Jolie Môme ».

Cie Jolie Môme – Eté 2003


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Jolie Môme - Texte 1993/Michel ROGER
Dix ans déjà, 10 années d'existence, 10 années d'errance de la Cartoucherie au sous-sol du centre d'hébergement Emmaüs en passant par Jussieu, le squat de la rue des Pyrénées duquel les C. R. S. un « beau » matin embarquent tout notre matériel, Chalinargues, Gennevilliers et la Cave à Cézig.
Des rencontres, des succès, mais aussi des déceptions, parfois même des ennemis. Très peu de subventions, beaucoup de travail, énormément de travail, de l'orgueil aussi et peu de concessions. Le temps passe, et peu à peu, la fragilité, le manque de confiance en soi font place à la persévérance. Le goût de la perfection laisse peu à peu percer le charme de l'imperfection. On ne compte plus sur l'avenir, on compte sur le présent : « J’ai rencontré le théâtre à l’âge des premières amours, j’y suis resté fidèle car j’aime son incertitude, son insécurité, car il rend la vie plus pressante, plus diverse, plus naturelle et tellement plus réelle.
Jolie Môme est l’enfant de cette rencontre. A dix ans, elle a déjà sa personnalité, parfois elle m’échappe un peu. Son caractère s’est forgé de ceux qui l’ont nourrie, les comédiennes et comédiens dont l’immense majorité l’ont aimée et se sont dévoués pour elle.
Jolie Môme c’est eux.
Elle est capricieuse, bougonne, espiègle, généreuse, tourmentée et sensuelle.
Elle est aussi très intelligente et parfois très sage.
Ceux qui la connaissent, savent combien les filles sont belles.
Jolie Môme est jolie parce qu’elle est aimée.
Ses habits sont souvent rapiécés, elle est parfois pieds nus, sans décor, sans projecteur, dans la vieille 504 qu’on appelle Mémère, mais elle est envoûtante.
Elle appelle, elle rend amoureux.
Elle peut aussi rendre malheureux, on ne la possède pas.
Elle protège ceux qui l’aiment mais comme tous ses frères nomades, elle est souvent crainte et rejetée.
Ses ennemis ne sont pas obligatoirement les puissants mais plutôt les ronds de cuir.
Elle aime le socialisme, le socialisme de Jaurès, l’anarchisme des Communards, le communisme de Guévara mais elle se méfie d’eux car se sont des politiques et ils aiment trop le pouvoir.
Elle se réfère plutôt à Hugo, Léo Ferré et Bertolt Brecht.
Elle est indépendante.
Elle aime ceux qu’elle aime et ce n’est pas de sa faute si ce ne sont pas les mêmes qu’elle aime chaque fois.
Cette fois-ci c’est Prévert qu’elle préfère et c’est justement parce qu’il dit tu à tous ceux qu’il aime, comme nous, comme moi, comme elle.

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