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2007 |
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Aurillac 2005 |
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- French lovers - mars 2007
C'est
vrai, c'est une reprise. En fait, La crosse en l'air est
sortie en 2000, à la Cartoucherie, depuis, nous l'avons
beaucoup jouée mais seulement en province, hormis Nanterre, La
Clef... Et puis, notre nouveau spectacle “Gaïa et
Prométhée”
de Enri Wegmann ne sera prêt que pour la 2° édition
de notre festival d'été La Belle Rouge à
Saint-Amant-Roche-Savine de dernier week-end de juillet. (En toute
impartialité, je vous conseille ! )
Alors on s'est dit :
“depuis 2000, on a beaucoup de nouveaux spectateurs, il faut jouer
La crosse en l'air à La belle étoile”.
Et puis, même
si depuis la création (du spectacle, pas du monde...),
Jean-Paul II a passé l'arme à gauche (faute de mieux
!), son successeur est aussi désagréable, antipathique
que lui et sur les mêmes positions ultra-réactionnaires
notamment à propos du divorce, du mariage des femmes et hommes
d'église, de l'avortement, du mariage des homosexuels, de
l'euthanasie, de la contraception...
Et puis la poussée
des mouvements créationnistes aux Etats-Unis, en Allemagne, en
Pologne, en France... nous effraie considérablement. Sans
parler de la banalisation, de la multiplication, voire de la
normalisation des groupements racistes, nationalistes.
Et puis cette
campagne où en matière électorale on en est
à
voter “pour” pour faire “barrage à” ou à voter
“contre” pour provoquer une opposition. Entre la politique du
moindre mal et la politique du pire on se retrouve comme en
matière
syndicale à colmater, étayer, à essayer de
reculer le moins vite possible, on n'ose même plus réver
cette terre qui est quelquefois si jolie,
Avec
ses mystères de New York
Et
puis ses mystères de Paris
Qui
valent bien celui de la Trinité
Avec
son petit canal de l'Ourcq (...)
Avec
les épouvantables malheurs du monde
Qui
sont légion (...)
Avec
la paille de la misère pourrissant dans l'acier des canons.
(Jacques Prévert
“Pater noster” dans Paroles)
Enfin, on est
heureux d'apprendre que Bayrou a reçu une caisse de Bordeaux
(cadeau d'un ami) parce qu'il a dépassé le cap des 20%
dans un sondage (France Inter... !) que Chirac nous aime, que le
ministre de l'immigration et de l'identité nationale le
paraphrasant falotement affirme que nous nous aimons. Bref, “Que je
t'aime” comme disait Johnny-le-mentor avant de protéger
jalousement sa fortune des services fiscaux. Il avait pourtant ses
chances en tant que candidat à l'élection
présidentielle puisqu'apparemment le quarté favori ne
compte que ISFistes, excepté M. Bayrou (plus malin ?) qui a
investi sa fortune dans son exploitation agricole...
Enfin, nous au moins
au premier tour, on se fera plaisir et on votera pour nos idées,
après...
Comme disaient les
Communards : “Trop rarement celui qui possède la fortune est
disposé à regarder le travailleur comme un frère.”
C'est délicat, comment en parler... ça va paraître décalé... après tout, ici c'est la fête... et le festival a 20 ans... et le protocole n'est toujours pas abrogé... et qu'est-ce qu'on fait en 2007 ?... C'est sûr, ce n'est pas simple, par les temps qui courent ma bonne dame... Pour ceux qui sont nés dans les années 50, 60... la résistance a bercé leur enfance... le Ché aujourd'hui sur nos T.shirts était encore vivant... la révolution envisageable... et 68 et le mur de Berlin et ceux qui parlaient beaucoup, et qui brassaient du vent, et ceux qui s'organisaient sérieusement en vue du grand soir... et ceux-là, ceux qui se sont crus capables de faire ce que les autres prétendaient... parce qu'ils avaient 20 ans ?... ceux-là qui ont pris les armes chez nous, au nom d'une révolution que nous étions tant à espérer... que eux voulaient vivre à tout prix... Quelque temps avant que la gauche devienne officiellement capitaliste... que l'extrême gauche se taise, que de fête de la musique en restaurant du coeur, de Longwy à Cellatex, de RMI en emplois jeunes, de cellules de reclassement en plans sociaux, nous passions de 1 à 3 millions de chômeurs, du danger communiste au danger islamiste, que le FN devienne la 2° force politique du pays. Cela fait 18 ans que les militants d'Action Directe sont incarcérés, ils ont tué, c'est vrai, c'est inadmissible, c'est vrai, ils ont tué 2 innocents notables et symboliques, un général des services secrets et le patron de chez Renault. L'un s'occupait de vente d'armes en Afrique et l'autre commençait la privatisation d'une des entreprises nationalisées par la résistance à la libération. Ces meurtres ont été jugés par un tribunal d'exception, anti-terroriste. Ils ont été condamnés à perpétuité : Nathalie, Joëlle, Jean-Marc, Georges, Régis... La loi prévoit une peine incompressible, une période de sûreté, alors on réfléchit, on se pose la question... l'horreur du crime... le danger de récidive... la réinsertion... l'état de santé... la volonté populaire...
On se demande pourquoi leurs crimes sont pires que tout, pires que Papon, pires que les pires crimes de sang, qu'est-ce qui est impardonnable ?... d'avoir tué ?... des représentants de l'Etat ?... d'avoir refusé d'accepter qu'il y ait toujours des riches et toujours des pauvres, que 36000 enfants par jour meurent de faim, qu'un géant de l'informatique ait une fortune égale au Pib de l'Afrique (soit un individu = 600 millions d'individus !)...
Toujours est-il que le maintien en détention des militants d'AD nous rend tristes, peut-être parce que certains d'entre nous étaient ados ou avaient sensiblement le même âge au moment des faits, que leur courage, leur détermination, nous épataient, peut-être qu'on se dit qu'une des fonctions de l'artiste est de poser des questions embarrassantes, peut-être est-ce une réponse à l'ostracisme et à l'indifférence dont ils sont victimes... et bien qu'en tant que troupe de théâtre nous soyons là pour vous distraire, bien que ce soit l'été, les vacances, le 20° anniversaire du festival, nous faisons appel à votre vigilance, ne laissons pas faire, 18 ans ça suffit !
Compagnie Jolie Môme
17 août 2005
Fallait-il
ou ne fallait-il pas voter, comme des moutons, en 2002 ? La question
n'est pas là, la question est là, la question n'est
plus là. De toute façon, comme disait ma
grand-mère,
on ne peut pas revenir en arrière et puis qu'est-ce qu'on peut
faire ?
Le
spectre de la bête immonde nous amène à accepter
les pires reculs sociaux : Retraite, EDF, sécu, limitation du
droit de grève, chantage à la délocalisation,
les 35h ?!… sans parler des intermittents, minorité
négligeable, PTT bientôt, France Telecom c'est
déjà
du passé, le CNE, le CPE, les baux locatifs sur le modèle
CPE… Le Baron Antoine Sellières, patron
des patrons européen
trouve que le Smic est trop élevé. C'est bien ce que je
me disais en paramétrant mon logiciel de salaires, que font
les smicards de tout cet argent ? Antoine, la prochaine fois, pour ce
genre de question, téléphone-moi (01 49 98 39 20), ne
te fatigue pas inutilement, ne perds pas ton temps, le temps c'est de
l'argent, surtout le tien et celui de tes amis (pour la petite
histoire, le temps d'un discret petit bâillement d'ennui et de
contentement et l'équivalent d'un Smic tombe dans l'escarcelle
de Madame de L'Oréal, cet équivalent de Smic là,
n'est pas trop élevé lui, hein Toto (Toto, c'est
Antoine, enfin pour les intimes bien sûr).
Bon
bref, que faire ?
Voter
à droite et jouer "Mon cul sur la commode", garder
les vaches avec Régine, cultiver les champignons radioactifs
dans le sud-est, attendre 2007 que les champions de la démagogie
nous expliquent que c'est la droite qui a tout cassé, qu'elle
avait tort bien sûr mais qu'on ne peut pas revenir en
arrière
(Tiens, ma grand-mère n'a pas fait l'Ena que je sache ?! )
que les temps ont changé et qu'il faut vivre avec son temps,
qu'il y aura toujours des riches et toujours des pauvres et patati et
patata…
Le
pire, c'est que ça va marcher, et les beaux jours de la
politique du moindre mal vont revenir…
Pour
se déculpabiliser d'être des nantis, nous, les smicards,
précaires et assimilés, allons soutenir l'effort
national à travers ses organisations humanitaires : tiens le
tsunami tombe à pic, je vais envoyer un petit chèque
à
la Croix Rouge, au Secours Pop... Oh, puis non, soyons fous, Kouchner
c'est vraiment mieux.
Mais
qu'est-ce qu'on peut faire ? (C'est Mémé !)
Sommes-nous
déjà à moitié cuits ?
Principe
de la grenouille chauffée d'Olivier Clerc - écrivain,
philosophe.
« Imaginez
une marmite remplie d'eau froide dans laquelle nage tranquillement
une grenouille,
Le
feu est allumé sous la marmite, l'eau chauffe doucement. L'eau
est tiède.
La
grenouille trouve cela plutôt agréable et continue
à
nager.
La
température monte. L'eau est chaude.
C'est
un peu plus que n'apprécie la grenouille, ça la fatigue
un peu, mais elle ne s'affole pas.
L'eau
est cette fois vraiment chaude.
La
grenouille trouve cela désagréable mais elle s'est
affaiblie, alors elle supporte et ne fait rien.
La
température continue à monter et la grenouille finit
par cuire et mourir sans jamais avoir fait quelque chose pour
s'extraire de la marmite.
Si la même grenouille avait été plongée directement dans l'eau bouillante, elle aurait immédiatement donné le coup de patte adéquat qui l'aurait éjectée de la marmite… »
Bon, jolie métaphore mais admettons que l'eau va refroidir un peu à la suite d'une panne d'électricité, conséquence de la détérioration de l'entreprise Electricité De Fartempion et qu'on va s'extraire de la marmite et que le vilain crapaud va se transformer en prince charmant… NON ! On aime pas les princes, en canard parce qu’on aime les canards (même s'ils ont le virus H5N1), et « les canards n'ont pas perdu leur bon sens. », comme le démontre Eduardo Galeano dans Le Monde Diplomatique de juillet 2004.
"Pour
nous sauver, se rassembler comme les canards d'une même
volée,
comme les doigts d'une même main.
Technologie
du vol collectif : le 1er
canard se lance et ouvre la voie au second qui indique le chemin au
3ème
et l'énergie du 3ème
fait s'envoler le 4ème
qui entraîne le 5ème
et l'élan du 5ème
provoque l'envol du 6ème
qui donne de la force au 7ème.
Lorsque le canard éclaireur se fatigue, il rejoint la queue de
l'essaim et laisse sa place à un autre qui monte au sommet de
ce V inversé que les canards dessinent dans l'air. Tous
prendront à tour de rôle la tête et la queue du
groupe. D'après Juan Diaz Bordenave (essayiste paraguayen) qui
n'est pas palmipédologue, mais qui s'y connaît, aucun
canard ne se prend pour un super canard s'il vole devant ni pour un
sous canard s'il est en queue. Les canards, eux, n'ont pas perdu leur
bon sens. »
Et
puis, même si les Anglais nous appellent les grenouilles, on
est pas des grenouilles, mon canard !
Mais
faisons gaffe, avec la psychose créée de toutes
pièces
autour de la grippe aviaire, les moutons blancs décanillent
avec passion tout ce qui a des plumes (le dépôt de bilan
menace les Folies Bergères...) abandonnent leurs chats…
bande de cons… et puis la chasse n'est pas encore un archaïsme…
- Jolie Môme – Juillet 2004
L'audimat
explose et les fonds recueillis ne cessent, année après
année, d'augmenter.
Ça
tombe bien, puisque le budget de la recherche a été
diminué(1,3 %).
La
France « lanterne rouge » en matière de budget
consacré à la recherche financera dorénavant les
recherches par le privé pour les 2/3. Les chercheurs seront
eux payés en fonction de la rentabilité de leurs
recherches, le Téléthon a de beaux jours devant lui,
les maladies orphelines aussi.
On va d'ailleurs sans doute voir fleurir de nouvelles grandes messes médiatiques ;
-le
Fonctionpubliquethon,
-le
Retraitethon,
-le
Sécuritésocialethon,
-le
Recherchethon,
-le
Logementpascherthon,
-le
Chômagethon,
-le
Michethon...
Sérieusement,
et pour parler de ce qui nous concerne directement et vous concerne
indirectement, vous public,
-L'Intermitthon,
pour nous, professionnels du spectacle, travaillant par
intermittence.
Le
projet du gouvernement concernant l'assurance chômage des
salariés du spectacle vivant et enregistré, se
solderait par l'application d'une triple peine aux salariés
intermittents du spectacle,
-la
dégressivité des allocations serait maintenue alors
qu'elle ne s'applique plus dans l'ensemble du régime
d'assurances chômage,
-le
doublement des cotisations sociales et patronales Assedics des
intermittents serait maintenu,
-l'indemnisation
serait sévèrement amputée pour le plus grand
nombre des professionnels du spectacle (toutes catégories
confondues).
Toute
notion de solidarité annihilant la mise en application du
projet implique l'exclusion d'un grand nombre de professionnels de
toute indemnisation chômage, tout en améliorant de
façon
très sensible l'indemnisation de ceux ayant une forte
activité
professionnelle et des revenus élevés.
Voilà.
Depuis
20 ans, le pli est pris, on gère le capitalisme, le
chômage,
la crise, on divise les travailleurs entre ceux qui ont un emploi et
ceux qui n'en ont pas, ceux qui sont français et ceux qui ne
le sont pas, ceux qui sont fonctionnaires et ceux qui..., ceux qui
sont chrétiens et ceux qui...
Conséquence:
une minorité de riches s'est enrichie de façon
éhontée
et en contrepartie de plus en plus de pauvres et de personnes en
situation de grande précarité .
La
"gauche" a ouvert la voie en créant le PARE, avec
l'aide d'un "syndicat" la CFDT, des syndicalistes sont
emprisonnés, des politiciens et financiers véreux sont
acquittés et deviennent intouchables ou animateur
télé.
Toulouse
explose, l'océan a un goût de pétrole, les uns
préparent la guerre, les autres y consentiront.
Alors
dans tout ça, le sort des professionnels du spectacle semble
dérisoire, cependant à une époque où les
média appartiennent au pouvoir financier et les journaux, pour
la plupart, aux marchands d'armes, le spectacle est un îlot de
résistance face à l'idéologie dominante. Enfin,
un professionnel du spectacle sur deux n'a pas ses droits ouverts aux
Assedics (11 n'atteint pas le quota d'heures nécessaire) et 80
% des heureux indemnisés touchent environ le SMIC...
Enfin,
tant qu'on a la santé ! Cie
Jolie Môme – Eté 2004
"
Le monde ne sera sauvé
que
par des êtres insoumis " André GIDE
Tu fais grève, tu crèves, tu fais pas grève, tu crèves quand même ! Alors, autant se payer le plaisir (!) de faire grève avant de « peut-être » disparaître. De plus, soyons humbles, même si on ressent une satisfaction certaine à se dire insoumis, dans notre société, être insoumis ne relève pas encore de l’héroïsme.
Malgré cela, la pensée dominante fait « führer » ; la grève c'est dépassé, on prend les gens en otage, on ne fait du tort qu’à soi même, on scie la branche… et patati et patata…
Comme partout peut-être, comme toujours sans doute, trois tendances s’affrontent : les non grévistes, les tièdes, les grévistes. La mise en place de ce mouvement sans précédent dans le spectacle ne se fait pas sans désillusions. Ceux-là mêmes sur qui on croyait pouvoir compter nous lâchent : « Qu’est-ce que vous nous emmerdez, ça sert à rien de faire grève ici, jouez, on est des petits comme vous… »
Autrement dit : contente toi de nous faire rire , bouffon, on te trouvera bien un croûton ! Mais c’est peut-être justement ces petits festivals, ces petits acheteurs qui seront les premières victimes de notre nouveau régime, pourrons-nous dorénavant accepter de jouer à moitié prix ou même quelquefois gratuitement ? En aurons-nous matériellement le temps, les moyens… ?
Certaines personnalités « guides » de la profession nous méprisent du haut de leurs subventions et de leurs piedestals, il faut souffrir, mériter, payer pour être artistes, mais souffrent-ils eux-mêmes beaucoup ? Les salles de prestige ne profitent elles pas indirectement de l’initiation au spectacle vivant que font des petits comédiens de rien du tout dans la rue, dans les villages, dans les banlieues, dans les écoles, dans les petits festivals. Les programmations du « In » des gros festivals ne profitent elles pas de la présence des troupes du « Off » ?
Et puis, on nous dit toujours qu’on coûte cher, qu’on ne rapporte rien, qu’on n’est pas rentable, mais les retombées économiques des festivals d’Avignon, La Rochelle, Aurillac… seraient elles aussi considérables sans les petites compagnies ?
Mais ces désillusions construisent aussi la grève et révèlent ceux sur qui on peut compter. Faire grève n’est facile pour personne, d’autant plus dans nos métiers où la représentation – aboutissement du travail – est associée à la notion de plaisir. Mais comment avoir envie de jouer quand on programme à très court terme notre agonie ?
Comment faire comprendre au public, au sens large, ce que sera le paysage culturel quand les travailleurs du spectacle qui survivent grâce à l’intermittence, auront disparu, si ce n’est en cessant d’exercer son activité quand on est un intermittent en danger ?
Comment organiser la lutte, la résistance, les actions si chacun vaque à ses occupations ?
Pour la petite histoire, le 28 juin, premier jour de grève en ce qui nous concerne, nous avons décidé de commencer le spectacle et de l’arrêter afin de marquer le public, genre « coït interrompu », en fait, le public s’est levé comme un seul homme et a applaudi (faut dire que le public de Jolie Môme c’est pas n’importe quoi ! ) et le coït interrompu a été pour notre pomme. Nous étions plus d’un(e) sur le plateau sans voix, les larmes aux yeux, parce qu’évidemment on aime notre métier et on a la chance qu'il soit merveilleux, mais ce n'est pas une raison pour accepter de le faire pour le RMI, RMA, CES, pour un pourboire, au rabais, bénévolement. C’est pour ça que grève totale ou grève ponctuelle, même si pour l’instant tout le monde rejoue, à force de manifs, d’assemblées générales, d’actions, nombreux maintenant sont les camarades « intermittents » décidés comme nous à ne pas lâcher. Donc, à suivre… Camarade public !
Enfin, bref, si on est dans la merde, on y est pas tout seuls. Rassurant non ! On y est avec nos camarades profs, personnels TOS, agents EDF, SNCF, France Télécom, postiers, emplois-jeunes, chômeurs, sans papiers, retraités ( enfin ceux qui ont passé le cap de la canicule…), nos camarades métallos de Boulogne sur Mer, nos camarades de Matra, Copenhor, de chez « Tati », Métaleurop, des verreries de Baccarat, les personnels hospitaliers, les archéologues, Alstom chantiers de l’Atlantique, Thomson Rennes, Aventis, Air France, Lu-Danone, BPA, EPCOS, RMIstes…
Et
vive la convergence des luttes !
25
novembre 2003
“
L'expérience n'est
qu'une lanterne qui éclaire le chemin parcouru” poverbe
chinois affectionné par Antonio, metteur en scène du
théâtre de l'Epée de Bois (Cartoucherie) où
Michel, fondateur de la compagnie Jolie Môme a allumé sa
lanterne. La dîte lanterne à la main et fort de cet
adage dont il est convaincu, Michel éclaire le chemin non
parcouru et rêve d'une troupe dont il serait le porte-lanterne,
le porte-parole, le porte-drapeau, d'une compagnie pleine de filles
jolies, de jolies filles, de jolies mômes...
“Je
serai Léo Ferré ou rien... Tiens, Jolie Môme
c'est joli comme nom pour une troupe, oh Compagnie Jolie Môme,
c'est parfait.
C'est
parti, après quelques 10 années au sein de la troupe du
Théâtre de l'Epée de Bois, Michel crée
avec quelques amis la Compagnie “Jolie Möme”, le 20 juillet
1983, parce qu'il désire faire du théâtre hors
des institutions...
Premiers
spectacles Caïus, Bâtiment K, la troupe se
construit petit à petit, comme l'oiseau fait son nid, avec
Béatrice, Marie...
Pascale
arrive pour s'occuper de l'administration.
Puis,
rencontre avec Jean, éducateur chez Emmaüs, avec qui nous
travaillons de façon quotidienne pendant 5 ans.
Naissance
des premeirs spectacles cabaret.
Du
théâtre La mère de Brecht.
Arrivée
de Nicolas, Maryline, Valérie...
Premier
prix aux rencontres de la jeune création de Gennevilliers en
1989, notre premier César en quelque sorte.
Installation
pour 3 ans à la MJC de Gennevilliers, travail avec les jeunes
des quartiers.
Et
voilà Myriam.
De
nouveaux spectacles cabaret, Romance, Les vacances de M.
Dubois, le spectacle cabaret actuel Rouge-coeur pointe
son nez.
Première voiture
Mémère, 504 automatique modèle luxe,
c'est un cadeau.
La promiscuité avec
les exclus, les jeunes de banlieue, la grande lutte des intermittents
de 1992, nous mettent en colère, mais nous ne nous trompons
pas de colère (CD4... 15€). Conscients d'appartenir à
la classe des exploités, le spectacle de chansons rougit et le
drapeau rouge rejoint les personnages du cabaret.
Sylvie (Maman) intègre
la troupe en 1992.
Estelle, Angélica.
La mort dans l'âme nous
nous séparons de Mémère.
Second véhicule, Fan
la bise, c'est un ancien Trafic de flic, c'est pas un cadeau...
Mais complice de nos déplacements et de nos aventures, nous
nous y attachons quand même.
Théâtre Le
roi s'amuse Hugo.
Cyril fricote avec nous dans
les ateliers de la MJC.
1992, nous quittons
Gennevilliers agacés par la politique de prestige que la
commune, pourtant communiste, pratique sur le plan culturel.
Après quelques baux
précaires, nous nous installons au Pré-Saint-Gervais,
à
nouveau accueillis par notre ami Jean et l'Association Emmaüs.
Arrivée de Lorène,
Lolo.
Rouge-coeur prend
corps...
Arrivée de Toufan.
Théâtre
L'Assemblée des femmes de Robert Merle (un homme charmant...).
Bâtiment
K. Reprise.
Cécile qui attendait
avec impatience sa majorité pour nous rejoindre, arrive enfin.
Puis Serge et Mathieu, ils
sont censés remplacer Cyril qui rêve de travaillerà
la Poste.
Rêve de stabilité
sociale ?...
Mais le grand réveur
Cyril oublie de déposer sa candidature et finalement nous
propose d'assouvir ses fantasmes de fonctionnariat lors d'une
prochaine création en interprétant un camarade postier
soigneusement imaginé par ses soins... Bref, du coup
l'équipe
s'agrandit.
1996 : rencontre avec Dédé
Chassaigne.
1997 : premier CD de la
Compagnie Jolie Môme, éponyme, réalisé
à
St Amant et premier été en résidence,
L'Assemblée des femmes du toujours aussi charmant
Robert Merle.
On se sent bien ici, on
reviendra.
Emmaüs doit réaménager
notre local pour faire du logement social. Que dire contre ! ...Nous
partons.
Lors du grand mouvement
social (comme ils disent) de 1995, nous sympathisons avec les
cheminots de la CFDT en lutte, futur SUD Rail, (mais on est toujours
copains avec la CGT... normal on y est) et grâce à leur
soutien, nous signons un bail avec la SNCF et jouissons d'un local de
500 m2 en plein Paris pour
une poignée de francs, soit une pincée d'€uros.
Nous nous séparons de
Fan la bise et achetons Raoul, le Ford Transit qui
n'aime pas la neige et va bientôt partir en retraite.
Les étés et les
CD se succèdent à Saint-Amant.
Arrivée de Nathalie,
Emmanuel.
La
mère, Barricade, Le tableau des merveilles, La crosse en
l'air, Je reviendrai et je serai des millions..., Rouge-coeur.
François.
CD 2 Rouge-horizon (15 €),
CD 3 Pendant c'temps là (15 €), CD4 sans titre pour
l'instant mais néanmoins 15 €, sortie en juin 2003.
La camionnette roule, les
spectacles tournent, les luttes s'intensifient, les sans-logis,
sans-travail, sans-droits, sans-papiers,
sans-granchosemaisavecbeaucoupdesoucis.
A part ça, on aime les
endives, les tripoux, les pommes de terre, la saucisse d'Auvergne, la
baguette parisienne “à la campagne, ils ne savent pas faire
le pain “ disent les parigots, premier clivage dans l'équipe,
cette conversation récurrente est source d'un embryon de
scission au sein de notre équipe bien soudée. Comme
quoi, on est bien peu de choses !
On a un chat Valentin, une
merveille. Bientôt 20 ans comme Jolie Môme...
On n'habite pas tous ensemble
(ouf) mêmes'il y a des couples (...) et tout l'été
on est à Saint-Amant, vous pourrez nous demander tout ce que
vous voulez, cependant si on a pas envie de répondre...
On fête nos 20 ans du
17 au 20 juillet 2003 avec du théâtre, de la musique,
des chanteurs, des amis.
3° rencontre des chorales
révolutionnaires du 11 au 17 juillet.
Tous les vendredis, samedis,
dimanches du 25/07 au 17/08 Je reviendrai et je serai des millions sous
le chapiteau, une soirée cabaret avec Saviloisirs le
14 août.
Et pour finir l'été,
comme d'hab, Aurillac.
Au fait, pour conclure,
important, notre adage préféré à nous
c'est “à course de cheval, arrêt d'âne”,
voyez, nous aussi on est un peu de la campagne.
Lucette :
Encore eux !
Martine :
Moi, je les aime bien, pour moi, ils sont presque de Saint-Amant
maintenant.
Lucette :
Ouais, mais bon dans leurs spectacles, ils parlent toujours de
politique et puis avec leur drapeau rouge là...
Martine : Oh,
ils ne font pas bien de mal, c'est leur dada, leurs idées quoi
et moi, je les trouve gentils, sont pas bégueules.
Lucette :
Manquerait plus que ça avec ce qu'ils disent dans leurs
spectacles !
Martine : Ah,
tu vois, même toi tu reconnais certaines qualités à
ces idées là.
Lucette :
?...
Martine : Bref. Tu
vas y aller quand même voir leur nouveau spectacle ?
Lucette :
Sans doute. J'y vais bien toujours, je dois avouer que j'y passe une
bonne soirée, je m'y ennuie pas. Mais tout de même, l'an
dernier ils sont allés un peu loin avec leur “Crosse en
l'air”. Elle n'a pas besoin de ça notre église dans
l'état où elle est...
Martine : Tu
deviens catholique toi sur tes vieux jours ?
Lucette : Te
fous pas de moi, mais j'essaye, ça me rassure et puis ça
donnerait un sens à tout ça.
Martine :
T'es comme le flux et le reflux toi, tu me fais marrer !
Lucette :
???....
Martine :
Bref, tu sais au fond, eux aussi, ils cherchent un sens à tout
ça et au lieu de croire en Dieu, ils croient en l'homme.
Lucette :
Hum. Et c'est quoi cette année leur spectacle ?
Martine :
C'est une création, enfin une pièce qu'ils ont
écrite
eux-mêmes, je crois que ça raconte l'histoire de
Spartacus.
Lucette : Et
c'est qui celui-là ?
Martine :
C'est un esclave du temps des Romains, avant Jésus Christ, il
a brisé ses chaînes et a tenu tête à
l'armée romaine avec des milliers d'autres esclaves pendant
presque 4 ans. Pour finir il a été crucifié avec
6472 de ses camarades.
Lucette : Et
beh... Faut dire que c'est impensable qu'on ait pu faire souffrir des
pauvres gens comme ça. Les traiter comme des bêtes.
Martine :
Pire que des bêtes, ils coutaient moins cher.
Lucette : Non
arrête, ne m'énerve pas. Tu exagères toujours.
Martine : Je
t'assure. Tu iras, tu verras et on en parlera.
Lucette :
J'espère qu'ils feront du vin à la cannelle comme
l'été
dernier.
Martine : Oh
certainement. Mais je préfère te prévenir, tu
sais je les connais un peu et si ça se trouve ça ne
sera pas du tout Spartacus. Ils sont comme ça eux, il suffit
que quelque chose d'important se passe au niveau international, en
Palestine par exemple, pour qu'en 4° vitesse, ils changent leur
projet.
Lucette :
Houla, la Palestine moi j'y comprends rien, pourvu que ce soit
Spartacus. Et au fait tu votes quoi toi ?
Pour
tout bagage on a 20 ans...
Déjà
!
«Ça nous rajeunit pas ! » comme dirait ma mère.
Roland Barthes, philosophe moins prosaïque trouvait une satisfaction dans le vieillissement, celle de se dire qu'on n'était pas mort jeune...
« Hou la la, c'est bien compliqué tout ça et puis ce n'est pas bien gai ! (Nous sommes revenus comme vous vous en doutez au bon sens populaire de ma mère).
C'est pas bien gai, c'est vrai M'man, et puis 20 ans c'est jeune en fait, on a encore le temps avant de faire le bilan.
Mais les comptes ronds invitent au bilan, et à l'aube de nos 20 ans ce bilan intermédiaire nous procure une satisfaction certaine ; d'exister depuis 20 ans, d'exister tout court, de vivre de notre métier, de durer, de travailler de plus en plus, d'avoir un public fidèle, chaleureux et de plus en plus nombreux.
C'est pour ça qu'on souhaitait fêter notre anniversaire, offrir à notre public un week-end politico-artistique comme on aime, présenter les troupes, musiciens et chanteurs qu'on aime et faire connaître ce qu'on appelle notre « résidence secondaire » Saint Amant Roche Savine, un petit village pas comme les autres qu'on aime et qui accueille chaleureusement depuis 6 ans une troupe pas comme les autres qu'on aime, la notre « Jolie Môme ».
Cie Jolie Môme – Eté 2003
Jolie Môme
- Texte 1993/Michel ROGER
Dix
ans déjà, 10 années d'existence, 10 années
d'errance de la Cartoucherie au sous-sol du centre d'hébergement
Emmaüs en passant par Jussieu, le squat de la rue des
Pyrénées
duquel les C. R. S. un « beau » matin
embarquent tout notre matériel, Chalinargues, Gennevilliers et
la Cave à Cézig.
Des
rencontres, des succès, mais aussi des déceptions,
parfois même des ennemis. Très peu de subventions,
beaucoup de travail, énormément de travail, de
l'orgueil aussi et peu de concessions. Le temps passe, et peu à
peu, la fragilité, le manque de confiance en soi font place
à
la persévérance. Le goût de la perfection laisse
peu à peu percer le charme de l'imperfection. On ne compte
plus sur l'avenir, on compte sur le présent : « J’ai
rencontré le théâtre à l’âge des
premières amours, j’y suis resté fidèle car
j’aime son incertitude, son insécurité, car il rend
la vie plus pressante, plus diverse, plus naturelle et tellement plus
réelle.
Jolie
Môme est l’enfant de cette rencontre. A dix ans, elle a
déjà
sa personnalité, parfois elle m’échappe un peu. Son
caractère s’est forgé de ceux qui l’ont nourrie,
les comédiennes et comédiens dont l’immense
majorité
l’ont aimée et se sont dévoués pour elle.
Jolie
Môme c’est eux.
Elle
est capricieuse, bougonne, espiègle, généreuse,
tourmentée et sensuelle.
Elle
est aussi très intelligente et parfois très sage.
Ceux
qui la connaissent, savent combien les filles sont belles.
Jolie
Môme est jolie parce qu’elle est aimée.
Ses
habits sont souvent rapiécés, elle est parfois pieds
nus, sans décor, sans projecteur, dans la vieille 504 qu’on
appelle Mémère, mais elle est envoûtante.
Elle
appelle, elle rend amoureux.
Elle
peut aussi rendre malheureux, on ne la possède pas.
Elle
protège ceux qui l’aiment mais comme tous ses frères
nomades, elle est souvent crainte et rejetée.
Ses
ennemis ne sont pas obligatoirement les puissants mais plutôt
les ronds de cuir.
Elle
aime le socialisme, le socialisme de Jaurès, l’anarchisme
des Communards, le communisme de Guévara mais elle se
méfie
d’eux car se sont des politiques et ils aiment trop le pouvoir.
Elle
se réfère plutôt à Hugo, Léo
Ferré
et Bertolt Brecht.
Elle
est indépendante.
Elle
aime ceux qu’elle aime et ce n’est pas de sa faute si ce ne sont
pas les mêmes qu’elle aime chaque fois.
Cette
fois-ci c’est Prévert qu’elle préfère et
c’est justement parce qu’il dit tu à tous ceux qu’il
aime, comme nous, comme moi, comme elle.