30/03/2016 – Soirée de soutien aux « victimes du 48 »

Source JSD

HabitantsDu48-AfficheSoirée spectacle au TGP. Mercredi 30 mars, la salle Roger-Blin était comble. Les soutiens aux délogés par l’assaut du RAID veulent qu’ils obtiennent le statut de victimes du terrorisme, une régularisation pour les sans-papiers, et un toit.

Dans son appartement au premier étage du bâtiment C, Kahina regardait la télévision quand elle a entendu le premier coup de feu. « Par la fenêtre, on a vu les policiers partout, avec leurs cagoules. Puis ça a tiré sans cesse.» Zoubir, lui, était endormi, comme sa femme et ses trois enfants. « On s’est réveillés avec les rafales, on s’est accroupis, se souvient-il. Les policiers ont défoncé ma porte, ils ont pointé leurs armes sur mon fils de 6 ans, ils nous ont évacués, c’était violent.» Sur la scène du TGP, le mercredi 30 mars, les deux habitants de l’immeuble du 48, rue de la République, assailli au petit matin du 18 novembre 2015 par les policiers du RAID, racontent au public les heures d’angoisse qu’ils ont vécu ce jour-là.

Dans la salle Roger-Blin, pleine à craquer, des voisins, des amis, des parents d’élèves des écoles de la rue du Corbillon (dont les enfants ont été durablement choqués eux aussi), des Dionysiens, tous venus témoigner leur solidarité en participant à une soirée de spectacle qui réunit HK & Balàfond, la compagnie Jolie Môme, l’humoriste Samia Orosemane… Les profits de la soirée iront à l’Association des victimes du 48 rue de la République.

« Nous avons traversé cette nuit-là dans la peur, explique N’Goran Ahoua, le porte-parole des habitants. Ensuite nous sommes restés une semaine dans un gymnase, sur des lits de camp… Nous avons ressenti le besoin de nous regrouper, car on a deviné que les choses allaient devenir difficiles »,continue N’Goran.En effet, la situation de ces ménages, pour la plupart précaires, a basculé. « Les habitants du 48 n’ont rien demandé à personne ce jour-là. Et depuis, ils doivent se battre pour tout», confirme Marie, de l’association Droit Au Logement. Sur les 45 ménages que comptaient l’immeuble, seuls 14 ont été relogés à ce jour (10 par la Ville et PCH, 4 par l’État). Les autres sont à l’hôtel. (Un résident de l’immeuble est même encore à la rue : arrêté le jour de l’assaut, interrogé, et relâché avec une obligation de quitter le territoire, il a été reconnu tardivement comme habitant.)

« Ce que nous revendiquons, c’est le relogement pour tous, la régularisation de ceux qui n’ont pas de papiers, et la reconnaissance du statut de victime d’acte de terrorisme», déclare le porte-parole. Mais les régularisations avancent au compte-gouttes, même si l’assaut a un peu accéléré leur examen. « Il y a 21 personnes sans titre de séjour dont 20 pour lesquelles nous avons pu finaliser les dossiers et demander un rendez-vous auprès de la Direction de l’immigration et de l’intégration », détaille le maire adjoint Stéphane Peu. «10 ont d’ores et déjà été régularisées.»

lu-vu-soireesoutien48-tgpQuant au statut de victime d’acte terroriste, « nous avons reçu du parquet un avis de classement sans suite», annonce Jean-Baptiste Eyraud, du DAL. « Mais pour nous, il y aura des suites ! On ne va pas s’arrêter là, on ira jusqu’au bout», prévient le militant, qui n’hésite pas à faire le lien avec les mouvements sociaux : « Le gouvernement vient d’annoncer qu’il renonçait à la déchéance de nationalité, c’est une bonne nouvelle. Il devra renoncer aussi à la loi El Khomri, et se résoudre à accorder le statut de victimes aux habitants du 48 ! »

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