09/06/2016 – Les Inrocks – Loïc Canitrot, co-fondateur de Nuit debout, symbole de la “criminalisation du mouvement social”

Source les Inrocks

Loïc Canitrot à sa sortie du dépôt du Palais de justice à Paris le 9 juin (photo : MD)

Libéré ce 9 juin après deux nuits de garde-à-vue suite à l’occupation du siège du Medef, Loïc Canitrot, membre de la compagnie Jolie Môme et co-fondateur de Nuit debout, est convoqué à comparaître pour “violences en réunion” le 5 août.

Loïc Canitrot affiche un sourire ému sous les hourras de la petite foule qui s’est rassemblée devant le Palais de Justice de Paris, ce 9 juin à 11h30. Après deux nuits de garde-à-vue, et un passage par le dépôt, il vient d’être libéré. Ce membre de la Compagnie Jolie Môme, qui fait partie des premiers organisateurs de Nuit debout, a été arrêté le 7 juin lors de l’occupation du siège du Medef par des intermittents du spectacle.

“Il s’agit juste d’une diversion de la part du Medef”

Devant ses soutiens – quelques 300 personnes –, et encadré par des banderoles dénonçant l’organisation patronale, dont une portant une citation de Louise Michel (“Ce que le peuple obtient, il le prend”), il explique qu’il est convoqué à comparaître le 5 août pour “violences en réunion”. Une accusation jugée mensongère par ses camarades.

“J’étais content de sortir, je n’ai pas insisté, relate-t-il, vêtu d’un t-shirt noir et rouge à l’effigie de sa compagnie de théâtre. On a un mois et demi pour préparer le dossier, pour que soit mis en lumière le fait qu’il n’y a rien du côté de l’accusation, qu’il s’agit juste d’une diversion de la part du Medef pour essayer de se sortir de l’humiliation qu’a constituée notre occupation de ses locaux.”

Selon plusieurs personnes présentes dans le cadre de cette action, c’est Loïc lui-même qui a essuyé un coup violent de la part du responsable de la sécurité du Medef. Celui-ci lui aurait asséné un coup de pied dans les parties génitales. D’ailleurs, Loïc Canitrot a effectué une consultation médicale à l’Hôtel-Dieu avant d’entamer sa garde-à-vue. De son côté, l’organisation patronale prétend l’inverse dans un communiqué : “Les actions commises, à commencer par l’agression d’un salarié du Medef, sont inacceptables. Le Medef portera plainte en conséquence contre les auteurs de ces actes”.

“La notion de justice ne peut pas s’appliquer dans ces conditions”

Les militants comptent sur les caméras de surveillance du siège du Medef pour confirmer leur version des faits. Et ont appelé à collecter les photos et vidéos éventuelles de l’action. Lors de son intervention, Loïc a décrit la “triste expérience”, “franchement avilissante”, des conditions de détention, et notamment du dépôt du Palais de Justice :

“C’est immonde. Des commissions ont dénoncé cela il y a quelques années, mais c’est toujours pareil. On n’ose à peine s’allonger tellement c’est crade, il y a une odeur infecte, de la merde sur les murs au plafond, une caméra qui vous surveille en permanence. Il y’a un robinet mais il ne fonctionne pas, un bouton pour appeler l’agent de police, mais il ne fonctionne pas non plus, et toute la nuit des cris et des hurlements, des gens qui tapent sur les portes. On ne peut pas sortir en bon état, et c’est à ce moment là qu’on va voir le procureur qui, frais comme un gardon, vous dit que cette rencontre est déterminante pour la suite. La notion de justice ne peut pas s’appliquer dans ces conditions.”

Dans la foule, où de nombreuses organisations politiques, syndicales et associatives sont représentées – Sud, CGT, LO, NPA, PG, CNT, CIP-IDF, Nuit debout, DAL, Monde Diplo, Fakir… –, on approuve massivement. Pour le directeur du Monde Diplo, Serge Halimi, qui prend le micro devant l’assemblée, l’arrestation de Loïc est un signal politique :

“Dans la mesure où la Compagnie Jolie Môme est à la jonction de plusieurs univers – la lutte des précaires, des intermittents, des chômeurs, des sans-papiers, des Nuits debout –, son inculpation a évidemment un sens politique, et nous invite donc à mener une bataille politique !”

“Nos actions ne connaîtrons pas de pause !”

Sous le soleil de plomb parisien, des représentants de partis politique de gauche sont également présents : Eric Coquerel et Danielle Simonnet du Parti de gauche, et Olivier Besancenot du NPA. Celui-ci a appelé à organiser “des rassemblements systématiques aux côtés de ceux et celles qui sont victimes de répression”.

Loïc Canitrot a en effet rappelé qu’il n’a pas été le seul à avoir été arrêté au cours du mouvement. Le coordinateur national du PG, Eric Coquerel, a rappelé qu’au début de son mandat François Hollande avait refusé la proposition de loi du Front de gauche sur l’amnistie sociale, critiquant un “gouvernement de classe” qui “criminalise le mouvement social”.

Samuel Churin, porte-parole de la Coordination des intermittents et précaires (CIP-IDF), a conclu ce rassemblement par un slogan datant de la lutte victorieuse de 2003 : “Nos actions ne connaîtrons pas de pause !”.

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